La peine de mort que la République avait chassée de ses lois est insidieusement demeurée dans nos prisons avec les longues peines. Les très longues peines. Pas cette mort physique exécutée par l'Etat, mais une mort lente que laisse accomplir l'Etat. Quand dix détenus de Clairvaux ont appelé au «rétablissement de la peine de mort» pour eux-mêmes plutôt que «de se voir crever à petit feu», le ministre de la Justice en exercice a affecté de prendre cet appel au premier degré quand il fallait entendre l'ironie du désespoir. Mais, depuis, le débat est relancé sur le sort réservé à ceux que l'horreur de leur crime destinait, certes, à être lourdement condamnés, mais dont l'horreur de la prison sans issue condamne à ne plus jamais sortir de leur passé criminel. Et c'est bien cette «justice d'élimination», que Robert Badinter dénonçait dans son discours abolitionniste de 1981 devant la Chambre des députés, qui est encore à l'oeuvre. De peines de sûreté en peines de mitard, c'est un processus sans fin qui refuse à des hommes ce droit à l'«amendement» qui n'est pas seulement une question de principe mais un principe de précaution pour la société, sauf à faire de la prison ce qui est malheureusement le cas une infernale machine à entretenir et reproduire la violence et le crime. Le Conseil de l'Europe en ce début 2006 vient d'adopter des normes pénitentiaires minimales pour notre civilisation, avec l'accord de la France. Mais c'est déjà classé sans grandes suites alors que se profi
Éditorial
Mort lente
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Publié le 30/01/2006 à 20h11
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