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Peut-on encore réformer la France ?

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Réunis vendredi au siège de «Libération», Devedjian, Kouchner, Le Duigou et Fitoussi recherchent les moyens de dépasser les blocages hexagonaux et esquissent un mode d'emploi pour faire évoluer la société.

Publié le 10/04/2006 à 20h53
Depuis une quinzaine d'années, du CIP (Contrat d'insertion professionnelle) d'Edouard Balladur en 1994 au CPE (Contrat première embauche) de Dominique de Villepin, en passant par les tentatives de Claude Allègre sous le gouvernement de Lionel Jospin ou les retraites sous le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, on a l'impression que la réforme ne passe pas en France, qu'elle est toujours rejetée par l'opinion. Pourquoi nos gouvernants sont-ils si mauvais pour faire accepter les réformes ?

Jean-Paul Fitoussi. Ce n'est pas exact. De très nombreuses réformes du système de protection sociale ont été réalisées : déplafonnement des cotisations de Sécurité sociale, RMI, CSG, CMU, baisse des cotisations sur les bas salaires, prime pour l'emploi, réforme des retraites, de l'assurance maladie, etc. Le droit du travail a aussi évolué avec la fin de l'autorisation administrative de licenciement, la généralisation des CDD, le travail temporaire, la flexibilisation accompagnant la mise en oeuvre des 35 heures. Mais le problème demeure de savoir si la réforme facilite la croissance ou si seule la croissance augmente l'acceptabilité de la réforme. Car il est très difficile de réformer une société lorsque l'on n'a que des efforts à lui demander et pas d'avenir à lui proposer.

Bernard Kouchner. A force de mauvaises expériences, le mot réforme est devenu péjoratif. Dans l'esprit des gens, réformer, c'est leur demander des sacrifices. Ensuite, l'expression de «volonté politique» a fait beaucoup de mal : elle sous-entend que, si l'on fait montre d'une virilité affirmée, la réforme passera... Villepin, c'est l'échec même de la fausse volonté politique, c'est confondre séduction et conquête, écoute et viol. Pourtant, la France est un pays réformable. Encore faut-il employer les méthodes adéquates. Le CPE, c'est le contre-exemple parfait : on n'a parlé ni aux syndicats, ni à la jeunesse, pas même au patronat, qui devait bénéficier de cette mesure, et

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