Menu
Libération
Interview

Jean-Louis Tissier «Une construction purement mentale»

Réservé aux abonnés

A la frontière Jean-Louis Tissier, dirige l'Institut de géographie de Paris I-Sorbonne :

Publié le 22/08/2006 à 23h01

Jean-Louis Tissier, 61 ans, dirige l'Institut de géographie de l'université de Paris I-Sorbonne. Il évoque une ligne qui a aidé, un temps, à mieux comprendre la France.

Quelle est l'originalité de la ligne Saint-Malo - Genève ?

Ce n'est pas une frontière naturelle ou historique, mais une ligne construite par la statistique et la cartographie moderne en France. Au premier quart du XIXe siècle, on utilise de manière inédite des données statistiques recueillies par les administrations du Consulat, de l'Empire, de la Restauration ou de la Monarchie de Juillet. Et, quand les savants, notamment le baron Dupin, dessinent une cartographie de la France à partir de ces données chiffrées, une ligne de contact apparaît entre deux France : l'une au nord en teinte claire sur la carte, l'autre au sud en teinte foncée. On est en présence de ce qu'on nomme une «carte choroplèthe», qui révèle des contrastes statistiques par des couleurs. Cette ligne est donc un artefact, une construction cartographique, purement mentale.

On entre dans le domaine des représentations...

C'est un regard moderne sur le territoire. Jusqu'alors, l'idéologie nationale prônait l'unité, la France une et indivisible. Là, avec des chiffres et des couleurs, on commence à la découper, à la diviser, pour mieux la comprendre, l'informer, la réformer, bientôt la subventionner aussi. Les cartes changent : on passe de cartes purement topographiques, géophysiques, suivant les cours d'eau, les montagnes, à un type de cartes plus abs

Dans la même rubrique