Le 10 septembre 1956, le président du Conseil Guy Mollet, un ancien professeur d'anglais, rencontre son homologue britannique Anthony Eden pour évoquer leur projet d'intervention militaire contre l'Egypte de Nasser, qui vient de nationaliser le Canal de Suez et qui finance les insurgés algériens. Tout à coup, au grand étonnement de Christian Pineau, ministre des Affaires étrangères français, Mollet pousse son anglophilie jusqu'à suggérer que la France entre dans le Commonwealth, c'est-à-dire prenne pour chef de l'Etat la reine d'Angleterre.
Exhumé. Les historiens connaissaient l'anecdote depuis près de vingt ans : le Sunday Times l'avait racontée pour la première fois le 6 septembre 1987. Mais la BBC a exhumé cette semaine des documents qui la confirme. Dans l'un d'eux, daté du 28 septembre, Anthony Eden estime que «nous devrions immédiatement prendre en considération une adhésion de la France au Commonwealth». Guy Mollet, selon lui, ne pensait pas que le «passage de la France sous l'autorité de Sa Majesté soulèverait des difficultés». Et les Français seraient «favorables à une citoyenneté commune sur le modèle irlandais».
L'offre de Mollet, abracadabrante, n'apparaît dans aucune archive publique française connue. Mais elle a été par le passé confirmée par Christian Pineau : «Il ne m'en avait jamais parlé auparavant. Je pense qu'il n'y avait pas beaucoup réfléchi. Cela a dû lui venir à l'idée brusquement, au fil de la conversation», avait-il




