D’un coup, on a le sentiment de plonger dans l’inconnu. De s’embarquer pour une contrée qu’on croyait enfouie. De poser une question hier interdite : l’illégalité, la possibilité de la violence politique, la politique comme guerre civile. «Dans la guerre civile en cours, dit Eric Hazan, avec mes faibles moyens, je me bats pour mon camp. Le camp des opprimés.» La question était : est-il révolutionnaire ? Dans un beau rez-de-chaussée du XXe arrondissement, le Paris populaire et bobo, il a pris le temps de mûrir chaque mot. Au fond du salon, le mur est tapissé de livres d’art, comme ceux que publiait son père. Les esprits forts trouveront confirmation que les révolutions naissant souvent dans des salons où rôde la figure paternelle, mais est-ce le sujet ?
Longtemps, le nom d'Eric Hazan est resté lié aux éditions paternelles. Il y a dix ans, il a créé sa propre maison, la Fabrique. Bouts de ficelles, reconnaissance dans le milieu, mais la notoriété est venue avec l'Insurrection qui vient, manifeste mi-situationniste mi-altermondialiste dont la police attribue la rédaction à Julien Coupat, le jeune homme accusé d'avoir saboté les caténaires du TGV Paris-Lille. «Le livre a été écrit par un collectif. Je ne les connais pas tous.» La police n'a pas sonné à l'heure du laitier, la justice n'a pas saisi le contrat. «D'ailleurs, il n'y en a pas. Ni de droits d'auteur. La seule chose qu'ils demandaient, c'est d'avoir des exemplaires gratuits.» Julien Coupat




