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Interview

«Le Talleyrand de Sarkozy, c’est Bolloré et son yacht !»

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Elysée. L’historien Emmanuel de Waresquiel compare le Président à Napoléon Bonaparte :

ParJean-Dominique Merchet
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Publié le 14/02/2009 à 6h51, mis à jour le 14/02/2009 à 6h51

Emmanuel de Waresquiel, 51 ans, est historien et enseigne à l'Ecole pratique des hautes études. Spécialiste du XIXe siècle, il a publié une biographie de Talleyrand : le prince immobile (Fayard, 2003) et travaille aujourd'hui sur un autre grand personnage de l'époque napoléonienne, Joseph Fouché. Il vient de publier Cent Jours : la tentation de l'impossible (Fayard, 2008).

Nicolas Sarkozy est-il un nouveau Bonaparte, comme l’avance Alain Duhamel dans son dernier livre (1) ?

Je ne le crois pas. Il n'est ni un nouveau Bonaparte ni un nouveau Napoléon. C'est un énorme anachronisme, ne serait-ce que parce qu'il n'est heureusement pas arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat. Il n'est pas non plus un fondateur comme a pu l'être le Premier consul. Lorsqu'on regarde l'œuvre de Bonaparte au lendemain de Brumaire, on est impressionné : il signe vingt traités de paix avec l'Europe, conclut un concordat avec l'Eglise, met en chantier le code civil, etc. Il s'agissait alors de terminer la Révolution. Si Nicolas Sarkozy était l'homme d'une telle œuvre, cela se saurait. Il n'est pas non plus Napoléon. L'empereur s'inscrivait dans la lignée d'Alexandre le Grand ou de Charlemagne. Or, Nicolas Sarkozy est profondément l'homme du présent, d'un présent immédiat aussi fin qu'une feuille de papier à cigarette. Il ne semble avoir, sur le plan symbolique, ni passé ni avenir, et ne se réclame pas d'une continuité historique. Nicolas Sarkozy est un président amnésique, y compris de son propre passé. Lorsqu'il va en Hongrie, il refuse de visiter les lieux de sa mémoire

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