Professeur à l'université Panthéon-Assas, membre senior de l'Institut universitaire de France, Stéphane Rials a publié Oppressions et résistances (PUF, 2008). Pour Libération, il analyse la multiplication des poursuites pour «offenses au chef de l'Etat»,«outrages à fonctionnaires», voire «bruits et tapages injurieux».
N’est-il pas inquiétant de voir un citoyen poursuivi parce qu’il a crié dans une gare «Sarkozy, je te vois» ?
Notre société pénalise trop l'écrit et la parole. Elle fait feu de tout bois, jusqu'à recourir, dans le cas présent, même s'il y a relaxe, à une technique répressive inusuelle sanctionnant les «bruits et tapages injurieux» (art. R 623-2 du code pénal). Une communauté politique ne peut pas laisser tout dire. Elle peut choisir d'être plus restrictive lorsque le chef de l'Etat est visé. C'est au nom du sacré de la «majesté» qu'est né le délit d'offense envers le président de la République, institué par la loi de 1881 sur… la liberté de la presse, et utilisé par Nicolas Sarkozy dans l'étrange affaire du «Casse-toi…». Le juriste doit concilier des perspectives estimables. Mais dans une société de libertés, la liberté d'expression est éminente ; elle doit être défendue contre les puissances publiques et privées, les conformismes, la dilatation exagérée du sacré. C'est un élément d'équilibre, une garantie, un signe des institutions libérales.
La pénalisation croissante prend aussi la forme du délit d’outrage.
Il n'est pas absurde de défendre fonctionnaires et magistrats contre ce que l'article 433-5 du code pénal appelle «outrage» - l'outrage s'ajoute à deux délits




