Même à la saucisse froide, les sandwiches ne sont pas si mauvais. La bière coule et des groupes de rock défilent sur le podium, au fond de la cour de l’usine. Un jeune grand-père se désole de ne pouvoir empêcher sa petite-fille de jouer dans la poussière. La fête des Molex est belle. Seule la potion y est amère : il s’agit d’amener le bourg de Villemur-sur-Tarn à saluer la fin du conflit. Une victoire eût été plus simple à fêter, mais c’est une défaite sur toute la ligne qui est au menu. Le jeu de ce vendredi 25 septembre consiste à faire semblant de ne pas se laisser abattre.
Villemur est un gros village de briques roses sur les bords du Tarn. Dans la zone industrielle de la route de Toulouse, les salariés broient du noir devant ce qu'ils pensaient être encore «leur» usine. Depuis octobre 2008, ils se battent pour continuer à y produire les éléments de connectique des tableaux de bord de Renault ou Peugeot. «Après onze mois de lutte, deux jours auront suffi pour que nous soyons battus, trahis, roulés dans la farine, pleure presque Jean-Michel avec ses quinze ans de maison. C'est foutu, c'est sûr.»
«Les baisés, comptez-vous !»
Un verre de bière et un sandwich à la même main, l'autre main sur l'épaule de sa fille, ce Molex ose l'expression : «Aujourd'hui, les baisés, comptez-vous !» Le curé du village et président du comité de soutien aux Molex, Philippe Bachet, n'a pas de verre à la main ; il n'en est pas moins emporté. Il choisit juste de dire l'Evangile : il y a ceux




