Universitaire américain, Michael Christofferson travaille sur l’histoire des idées en France.
Pourquoi faut-il, trente ans plus tard, revenir au «tournant antitotalitaire» des intellectuels français dans la seconde partie des années 70 ?
Il n'est pas possible de comprendre la critique du totalitarisme si l'on n'étudie pas les relations entre les intellectuels et les partis politiques. Difficiles depuis la révolution hongroise de 1956 et la guerre d'Algérie, ces relations ont empiré après 1968, quand les intellectuels de gauche sont devenus de plus en plus critiques du léninisme et des politiques étatiques. Ils soutenaient des politiques qui puisaient dans la tradition de la démocratie directe. Pour eux, c'était l'Age de l'autogestion, titre d'un livre de Pierre Rosanvallon de 1976. Au même moment, en 1972, le PCF et le PS mettaient sur pied l'Union de la gauche. Leur programme commun de gouvernement prônait des solutions étatiques, comme les nationalisations. Cet étatisme et la possibilité de voir le PCF arriver au pouvoir ont fait peur aux intellectuels, favorables à une gauche plus ou moins autogestionnaire et, lorsque la victoire de l'Union a semblé devenir inéluctable, certains d'entre eux ont répondu en développant une «critique du totalitarisme», qui était surtout une critique du totalitarisme de gauche. Ce n'est pas un hasard si le point culminant de l'antitotalitarisme en France se situe en 1977 - sous la forme d'émissions de télévision, d'articles, de livres, de pétitions : l'année suivante, allaient se tenir des élections législatives où la gauche était donnée gagnante.
Quel jugement portez-vous sur ce tournant antitotalitaire : étape nécessaire ou engouement excessif ?
Mon jugement se trouve aux ul




