Un fantôme hante la vie politique française: l'intellectuel de gauche. Comment ceux qui étaient jadis chargés d'imaginer des mondes meilleurs ont-ils pu devenir les défenseurs du statu quo ? Trente ans après la supposée «fin des idéologies», ce tête-à-queue continue de susciter les passions et les essais polémiques. Il y avait eu, dès 1986, la Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary de Guy Hocquenghem. Ou, plus récemment, en 2002, le Rappel à l'ordre, de Daniel Lindenberg. Trois nouveaux ouvrages, dont l'un du même Lindenberg, viennent de sortir, qui tentent, chacun à sa façon, d'apporter un début d'explication à ce que ce dernier appelle «la grande régression idéologique».Dans le Rappel à l'ordre, Lindenberg établissait des listes, parfois simplistes, de philosophes ou écrivains coupables de ne plus croire au progrès démocratique. Alain Finkielkraut y côtoyait Alain Badiou, Marcel Gauchet et Philippe Muray. On retrouve le même procédé dans le Procès des Lumières, cette fois à un échelon mondial.
Virage. Dans un même sac sont réunis des ex-maos français, des néoconservateurs américains et italiens, des penseurs nationalistes chinois, le pape Benoît XVI, des philosophes allemands sulfureux, des conseillers de Nicolas Sarkozy et bien d'autres. Une internationale réactionnaire, en quelque sorte, dont l'islamophobie, cet «antitotalitarisme des imbéciles», est le symptôme le plus aff




