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Libération

Villepin ou la stratégie de l’imaginaire

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Publié le 04/02/2010 à 0h00

Dominique de Villepin est le seul homme politique français à rêver sa vie ou à vivre ses rêves. Sans cesse il franchit la frontière entre le réel et l’imaginaire. Il est le messager unique d’un univers onirique. Il se conçoit comme la réincarnation d’un gaullisme historique qui n’a plus de descendance directe. Il croit en un destin venu du fond des siècles qui le pousse sur la scène politique pour sauver l’indépendance de la France, ranimer la flamme faiblissante de l’unité, devenir l’ultime bouclier d’une société qui se désespère de se banaliser.

Il conçoit son rôle chevaleresque - dans son esprit, il est le seul à servir le pays de façon désintéressée - comme un appel tragique à la grandeur et au sacrifice. Il ne doute donc jamais de la légitimité de ses actes. Ce qu’il fait, par de petits ou de grands moyens, c’est de toute façon pour une cause souveraine, permettant tout, excusant tout. Le dernier gardien du temple n’a pas à se préoccuper des normes ordinaires. S’il faut mentir, piéger, manipuler, c’est pour le bien de la France. Il trouve pour exprimer cela les accents d’un Bossuet profane. Il peut être Mazarin, il se vit comme le chevalier Bayard, comme un Dunois, comme un Condé.

Il croit à ce qu’il dit, que ce soit vrai ou faux. C’est un homme habité par une vocation rêveuse et implacable. C’est ce qui lui permet de renverser à son profit les situations les plus mal engagées. C’est ce qui l’autorise à emprunter les chemins les plus obliques pour les destinations les plu

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