Dans la gamme des gifles qu’un peuple peut donner à ceux qui le dirigent, on connaissait déjà le vote-sanction. Avec le Front national, était apparu le vote-protestation. Puis, notamment contre Lionel Jospin, le vote-dispersion où, déjà, l’abstention jouait un rôle non négligeable. Voici peut-être venu le temps d’une nouvelle façon pour les Français de marquer leur mécontentement : l’abstention-sanction. Ou encore : le retrait des urnes, la désaffection de l’isoloir, le repli sur soi. Dimanche, 53,3 % des personnes inscrites sur les listes électorales ne se sont pas déplacées, soit 22 millions de Français. De quoi alimenter la crainte d’une dépolitisation rampante sapant les fondements de la démocratie.
Phénomène mondial, la montée de l’abstention est en général présentée comme la version électorale d’un scénario-catastrophe plus global, où individualisme, cynisme et consumérisme viendraient détrôner les vieilles vertus du civisme et de la solidarité. Une véritable «américanisation» de la vie politique française. Et de fait, depuis les municipales de 2008, l’abstention, connaît une brusque accélération, confirmant les plus sombres pronostics. Sauf que l’évolution est loin d’être linéaire et qu’à plusieurs reprises par le passé, les taux de participation ont enregistré de fortes progressions par rapport aux scrutins équivalents antérieurs : en 1992 (traité de Maastricht), 1997 (législatives anticipées), 2004 (régionales sur fond de contestation anti-Raffarin), 2005 (Constituti




