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Interview

«L’électeur de droite ne s’y retrouve plus»

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Emmanuel Todd, démographe, sur le scrutin du 14 mars.

Emmanuel Todd. (Sébastien CALVET)
Publié le 18/03/2010 à 0h00

En 2008, dans Après la démocratie, le démographe Emmanuel Todd analysait la victoire du chef de l'Etat. Il dissèque pour Libération le vote des régionales.

Le premier tour des régionales marque-t-il la fin de l’effet Sarkozy, notamment auprès de l’électorat populaire ?

La majorité des commentaires se focalise, à tort, sur le vote de la classe populaire, dont le vote serait retourné d’où il venait: vers le Front national. Or, au sens strict, c’est-à-dire si l’on définit la classe populaire comme la classe des ouvriers et des employés, le vote FN n’a connu aucune décrue significative. En 2007, les ouvriers ont voté à 20% pour Le Pen, soit deux fois plus que la moyenne nationale : ils étaient les derniers fidèles, en particulier dans le nord et nord-est du bassin parisien. Or, dimanche - et même si le taux d’abstention doit inciter à la prudence - on retrouve le même chiffre. Au reste, il faut rappeler que, depuis 1984, le FN dispose d’un socle à 10-11%, avec des accès de fièvre jusqu’à 15 ou 16%. Dimanche, il n’a pas dépassé 12,5% : c’est donc une poussée, oui, mais d’ampleur modeste, qui a surtout permis de voir réapparaître son socle traditionnel autour de la façade méditerranéenne.

La faute au débat sur l’identité nationale ?

C’est l’analyse dominante, mais je ne la partage pas. Pour m’en expliquer, je remonterai à à 2002, où le vote Le Pen rassemble à la fois une partie du peuple de gauche - les ouvriers - et une partie du peuple de droite - les artisans et commerçants - autour d’une thématique nationale et anti-immigrés. On assiste alors à un dépassement du clivage de classes. Mais ce dépassement n’a pas duré :

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