C’est un facteur qui pèse de plus en plus lourd. Il exaspère la gauche radicale, il handicape la gauche réformiste, il embarrasse le gouvernement, il inquiète les démocrates : à côté de l’électorat populaire, il faut compter chaque jour davantage avec l’électorat financier. Le pouvoir politique national n’est plus seulement soumis à la communauté des citoyens. Il l’est tout autant, il l’est de façon désormais quotidienne et spectaculaire, à la souveraineté des marchés. C’est ce que l’on constate depuis le triomphe de la mondialisation. C’est ce que l’on subit depuis l’explosion de la crise financière, c’est ce que l’on mesure, jour après jour, depuis l’ouverture de la bataille des dettes souveraines. Chaque élection, chaque programme gouvernemental, chaque décision significative de l’exécutif peut être sanctionnée par le suffrage universel, mais se trouve également surveillée, jaugée et notée par la main très visible des marchés. Telle est la nouvelle donne politique, plus sévère et plus influente que la sélection des candidats ou que les fluctuations de la géographie des coalitions électorales. Les remaniements ministériels ou l’organisation de primaires pèsent peu à côté des facteurs financiers.
On rétorquera que l’existence de ce double électorat n’est pas une nouveauté, que jadis le cartel des gauches devait compter avec le mur d’argent, que le franc Poincaré ou le Front populaire devaient affronter le marché des changes, que la grande crise des années 30 pesait violemmen




