Julia Morandy-Serra jubile encore lorsqu'elle raconte ce moment où le visage de François Mitterrand a envahi l'écran de sa télévision. La liesse qui s'était emparée du salon, ce 10 mai 1981. Elle avait 51 ans, l'âge de sa fille aujourd'hui. «On commençait à se dire qu'à notre âge on ne verrait jamais la gauche», dit-elle. Elle a désormais 81 ans, vit toujours à Marseille, est devenue conteuse pour occuper sa retraite. Infirmière de formation, elle était conseillère conjugale pour le Planning familial en 1981. Donnait des cours d'éducation sexuelle dans les lycées, votait à gauche «depuis toujours». D'abord extrême gauche, pour Arlette Laguiller par «réaction familiale» : son père, militaire corse, étant un grand adorateur du Général. «Mais, à la longue, elle répétait toujours la même chose pour assez peu de résultats.» Alors, en 1981, elle a voté PS dès le premier tour. Et, le 10 mai, elle a rejoint la Canebière pour y faire la fête.
«110 propositions». Le jour s'achève, une belle lumière entre dans son appartement. Elle est assise en tailleur, bien droite dans son canapé. Elégante, discrètement parfumée. Sa fille, Elsa Noble-Morandy, bibliothécaire, se tient à ses côtés. A l'époque, elle préparait un Capes de lettres modernes, votait pour la première fois. Elle se souvient des «110 propositions» de Mitterrand, preuve selon elle «que les idées comptaient alors plus que le look». Ce soir-là, elle a découvert que son




