Michel Rocard a choisi son candidat : Dominique Strauss-Kahn. Pour l’ancien Premier ministre, il est celui qui incarne le mieux la social-démocratie, que les socialistes français ont parfois du mal à assumer.
Le 10 mai 1981 marqua la victoire de la gauche, mais n’était-ce pas aussi la défaite des idées que vous portiez ?
Sûrement pas. La preuve, c’est qu’elles sont aujourd’hui gagnantes. La gauche a connu en France une histoire dramatique. A la différence des autres partis socialistes européens, le Parti socialiste français est mort trois fois. La première en 1920, lorsqu’il s’est transformé en Parti communiste. La deuxième en 1940, lorsqu’il a disparu dans la collaboration et l’occupation. Et la troisième pendant la guerre d’Algérie. Il n’a été sauvé de la disparition définitive que grâce à l’électrochoc Mitterrand en 1971. Cette histoire brutale est, par ailleurs, marquée par la forte domination d’un Parti communiste à la fois très stalinien et force d’attraction si puissante pour les artistes et les intellectuels que la social-démocratie avait pratiquement disparu de l’univers intellectuel. Du coup, le PS n’a jamais osé suivre sa maison mère, la social-démocratie internationale, qui se ralliait à l’économie de marché, et commençait à entrer dans la fabrication de ce qu’on appelle à tort l’Etat-providence et qu’il faudrait nommer l’Etat de bien-être. Aujourd’hui, cette gauche social-démocrate triomphe. C’est la seule qui pouvait gagner, même si la victoire de Mitterrand en 1981 a contribué pour un temps à occulter cette évidence. Mais cette victoire a mis la gauche au pouvoir, elle lui




