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Libération
Reportage

«On ne discute jamais de politique, c’est trop la honte»

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A Stains, où l’abstention a atteint des records aux régionales, les jeunes s’inquiètent de la montée du FN. Sans prévoir d’aller voter.

ParTonino Serafini
Envoyé spécial à Stains
Alice Géraud
Envoyée spéciale à Stains
Publié le 24/12/2011 à 0h00

Priscilla, 19 ans, a profité des vacances scolaires pour s'inscrire sur les listes électorales. Mais elle sort de la mairie de Stains un brin énervée. Il lui manque encore des pièces. Elle n'a, comme 15 à 20% des jeunes, pas pu bénéficier de l'inscription automatique à 18 ans, car elle a récemment déménagé. Priscilla fait partie des très rares jeunes rencontrés jeudi dans cette banlieue défavorisée de Seine-Saint-Denis à montrer un enthousiasme à l'idée d'exercer son droit de vote. Elle reviendra donc le lendemain finaliser son inscription. Prenant un ton solennel, elle dit dans un grand sourire, en détachant bien les syllabes : «Je vais donner ma voix.»

«Pas d'idée». A Stains (34 608 habitants, 15 878 inscrits), en Seine-Saint-Denis, le taux de participation, comme dans la plupart des banlieues défavorisées, est très faible : aux dernières régionales, il est tombé à 29%. De son groupe de copines, Priscilla est la seule qui ira voter : «On ne discute jamais de politique, c'est trop la honte.»

Elle votera à gauche, par mimétisme familial (sa mère est «PS à fond») et par ce qui semble, ici, faire une quasi-unanimité : le rejet de Nicolas Sarkozy. Pour autant, elle n'est pas franchement convaincue par François Hollande. «Lui, je ne comprends rien quand il parle. On dirait qu'il n'a aucune position claire, il n'a pas d'idée à lui.»

L’an prochain, si elle décroche son bac pro compta, Priscilla aimerait aller à la fac à Saint-Denis

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