La mauvaise nouvelle nous avait été annoncée si longtemps à l'avance, que certains ont cru pouvoir la qualifier d'un dédaigneux «non-événement». C'est faire fausse route : la dégradation de la note de la France par l'agence Standard & Poor's bouleverse les termes de l'élection présidentielle.
Elle sonne d'abord un brutal retour au réel, après quelques semaines où l'on crut la campagne sabotée par la folle noria des petites phrases empoisonnées. Elle affaiblit ensuite sans conteste le président sortant dont la posture de grand protecteur de la nation en a désormais pris un sérieux coup. En cinq ans, loin de se relever, la France s'est défaite un peu plus. Cette affaire donne aussi du vent dans les voiles des candidats autoproclamés «antisystème», même si chacun d'entre eux confère à ce qualificatif qui claque comme un slogan, une définition singulière : François Bayrou, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen défendent, chacun à leur manière, l'idée qu'il faut «renverser la table», changer radicalement la politique et l'art de gouverner. En posant aussi violemment la question des possibles, l'intrusion des agences de notation met au défi les candidats de se livrer davantage sur les conditions et les termes d'un retour du politique par temps de crise.
Dans un autre moment dramatique de l'histoire de France, Pierre Mendès France avait fixé le cap pour tout homme de gauche lors d'un discours «sur la crise de la démocratie» resté célèbre : «Le premier devoir, c'e




