Céline Braconnier, sociologue, maître de conférence en sciences politiques à l'université de Cergy-Pontoise, est coauteure avec Jean-Yves Dormagen de La démocratie de l'abstention : aux origines de la démobilisation électorale en milieu populaire, publié chez Gallimard, en 2007. Elle a observé hier le premier tour en Seine-Saint-Denis.
La forte abstention annoncée par certains instituts de sondage n’a finalement pas eu lieu hier, pourquoi ?
Au niveau national, la mobilisation à plus de 80% est une surprise. Mais, pour avoir passé la journée dans un bureau de vote de Seine-Saint-Denis [dans la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis, ndlr] que j'observe depuis dix ans, je peux dire que ce n'est pas un chiffre qu'on retrouve partout. Dans ce bureau, la participation a été de 67%, plus qu'en 2002, mais moins qu'en 2007 (83%) ! J'en déduis, avec précaution cependant, que la forte mobilisation nationale est nettement moins importante dans les quartiers populaires que dans le reste du pays. Le désintérêt et le désenchantement dont on a parlé durant cette campagne ont joué dans ces quartiers, où la population est très jeune, plus précaire, et souvent issue de l'immigration.
Où, selon vous, les votes se sont-ils portés ?
La comparaison avec 2007 est intéressante. François Hollande, toujours dans ce même bureau des Cosmonautes en Seine-Saint -Denis, fait 54% des voix, un score de second tour dès le premier, et Jean-Luc Mélenchon réalise près du double de sa moyenne nationale, avec plus de 20%. En 2007, Ségolène Royal avait fait 47%. L’orientation à gauche de ce quartier est donc très importante et renforcée. Près de 80% de




