Le vainqueur idéologique de l’élection présidentielle s’appelle comme prévu Lionel Jospin : c’est en effet le réalisme de gauche, pour reprendre la formule qu’il avait inventée, qui s’impose une fois de plus à l’issue du débat. Le discours de politique générale prononcé avant-hier par Jean-Marc Ayrault se situait tout entier sous ce drapeau-là. La référence factuelle valorisait certes les 60 propositions de François Hollande, mais l’inspiration et la filiation se rattachait irrésistiblement au réalisme de gauche : réformisme, pragmatisme, volontarisme.
D'ailleurs, sur une plus longue période, il en a toujours été ainsi depuis que le Parti socialiste est parvenu au pouvoir sous la Ve République. Après la rupture lyrique de 1981, le réalisme n'a pas tardé à s'imposer. Jacques Delors en a été le premier artisan, la figure emblématique, dès 1982. Laurent Fabius, juvénile Premier ministre, s'est inscrit à son tour dans ce sillage. Michel Rocard, de 1988 à 1991, mettait en œuvre, tambour battant, un réalisme de gauche soigneusement innommé, par prudence vis-à-vis de l'orthodoxie mitterrandienne. Pierre Bérégovoy abondait naturellement dans ce sens en 1993. Durant cinq ans, Lionel Jospin a installé, officialisé et pratiqué ce qui, en clair, relève évidemment de la sociale démocratie. François Hollande, son héritier en ligne directe, poursuit manifestement dans ce sens. Jean-Marc Ayrault, avant même d'être premier ministrable, en était l'une des incarnations provinciales l




