Comment gouverner moralement tout en ayant une influence effective sur les événements ? C’est pour avoir répondu à cette question très concrète que Pierre Mendès France s’est décliné en mendésisme pour plusieurs générations d’hommes et de femmes lancés dans l’action sociale.
Une phrase le résume tout entier et on comprend pourquoi Jean Lacouture, son biographe, en a fait l'exergue de son livre : «Je crois que si l'Histoire a un sens, elle n'en est pas moins, dans une certaine mesure malléable. Il y a des possibilités de fluctuation, d'accélération, de ralentissement, des circonstances favorables qui permettent d'anticiper certains progrès ; des circonstances défavorables qui retardent certaines maturations. Si les hommes auxquels le pouvoir est confié interprètent convenablement la réalité historique à laquelle ils sont confrontés, ils peuvent favoriser des accouchements, les rendre moins pénibles, moins douloureux ; ou tout au contraire, freiner tel ou tel progrès.» Si gouverner c'est justement cela, Pierre Mendès France a appris à gouverner à ceux de ses contemporains à qui ce problème faisait question.
Cet homme solitaire, mais dont la porte fut toujours ouverte, a eu l'ambition de faire des classes moyennes, de ce que John Galbraith appelait «la technostructure», le nouveau tiers Etat qui devait révolutionner les mœurs et les techniques politiques de la France, qui pouvait forcer l'instauration d'un nouvel ordre économique qui ne substitue jamais «la facil




