On dit de la démocratie qu’elle est un régime politique des peuples adultes, parce que ce sont eux, et non pas des autorités de droit divin ou des despotes invoquant des vérités politiques indiscutables, qui se donnent leurs propres lois. Mais à l’origine de l’idée démocratique, il y a un idéal encore plus ambitieux, jadis formulé par Rousseau. Chaque individu, en obéissant aux lois, ne fait rien d’autre qu’obéir à lui-même. La puissance de la démocratie est précisément cet idéal inatteignable d’un consensus absolu. Tant qu’il y a aura des individus insatisfaits, la démocratie ne sera pas achevée. Tout en étant impossible, cet idéal fonctionne comme moteur des transformations incessantes : cet idéal modifie les formes d’exercice du pouvoir, depuis le vote universel, l’apparition des cours constitutionnelles qui surveillent le législateur lui-même, jusqu’à la crise actuelle de la démocratie représentative au profit d’une autre, dite réelle.
Ce modèle explique aussi que le gouvernement démocratique, qui est l’exécuteur de la volonté du peuple, ne puisse agir qu’en faisant des compromis et en cherchant les plus larges consensus. L’espérance, l’utopie, les changements spectaculaires ne sauraient venir du gouvernement mais de la société qui le désigne. C’est à elle qu’incombe la tâche de produire des idées et des orientations politiques nouvelles. A elle aussi de se donner des moyens pour créer des rapports de force susceptibles de les mettre en marche. Attendre l’homme providenti




