Spécialiste du Front national depuis les années 90, Sylvain Crépon est docteur en sociologie et chercheur au laboratoire Sophiapol de l'université de Paris Ouest-Nanterre. Paru l'an dernier, son livre Enquête au cœur du nouveau Front national est une plongée dans le parti de Marine Le Pen.
Comment analysez-vous le bon score du candidat FN ?
C'est une législative partielle très singulière à cause de l'affaire et de la personnalité de Cahuzac. Il faut la restituer dans son contexte. L'affaire a sûrement alimenté les réflexes populistes et la défiance vis-à-vis des politiques. Ce vote s'inscrit dans une logique de protestation. Il faudra voir plus en détail qui a voté pour qui. Je reste très prudent. Cahuzac avait fait un score faramineux [plus de 60%, ndlr]. Il y a là un effondrement non pas tant idéologique que politique.
Venue soutenir le candidat du FN, Marine Le Pen avait appelé à «sanctionner la politique du gouvernement». Les électeurs lui ont-ils donné raison ?
Marine Le Pen veut que le FN soit le principal parti d’opposition. Mais, en fait, la défiance est telle qu’elle n’a même pas besoin de faire campagne là-dessus. Tout comme à un moment donné Jean-Marie Le Pen ne faisait plus campagne sur ses thèmes de prédilection car il considérait avoir gagné la bataille des idées, sa fille ne fait pas de surenchère. Elle n’en a pas besoin : les thèmes populistes sont déjà là. Le FN parie sur la protestation et surfe sur le mécontentement, mais Marine Le Pen veut le pouvoir, plus que son père. Elle s’en tient aux grands axes définis pendant la présidentielle, en direction de l’électorat populaire, avec un discours social qui peut très bien marcher dans les co




