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Interview

«Pour Hollande, la méthode c’est : avancer sans énoncer»

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Le mutisme du Président n’incite pas à la confiance, selon Stéphane Rozès.

Publié le 29/09/2013 à 21h26

Politologue, Stéphane Rozès est président de Cap, enseignant à HEC et à Sciences-Po. Il a travaillé pour plusieurs candidats lors de la présidentielle, dont François Hollande.

En quoi François Hollande a-t-il un problème avec l’autorité ?

Le Président est essentiellement un médiateur, du fait de son histoire familiale, du fait de ses études à HEC et à l’ENA, où excelle la réponse au «comment» - comment bien diriger les entreprises, ou l’Etat -, et du fait de son histoire politique à la tête du PS où il fallait sans cesse faire synthèse… Tout l’aura incité à être un point d’équilibre plutôt qu’à se mettre en situation d’autorité. Il préfère être au milieu qu’au-dessus. Contrairement à Sarkozy, c’est un joueur de go plus qu’un joueur d’échecs.

L’Elysée compte habiller cette difficulté en expliquant qu’il exercerait une autorité moins verticale, plus moderne et ouverte à la négociation…

Dans l’imaginaire français, le politique est ce qui tient ensemble la société. La France a besoin de se projeter dans un projet incarné par une autorité présidentielle. Pour se faire élire, Hollande a su dire au Bourget qui il était et dessiner où il voulait emmener le pays. Mais une fois élu, il semble déléguer à Matignon le soin d’expliciter et d’assumer ce qui est fait. Il y a chez lui une difficulté à dire le point d’arrivée. Par exemple, il pointe, à juste titre, la nécessité de dire ce que devrait être la France de 2025, mais il sous-traite cette question lors du séminaire de rentrée. C’était à lui de le faire. Notre modèle peut-il encore avoir un avenir dans le monde tel qu’il est ? Par sa façon d’être et de faire, Hollande semble dire que c’est possible. Mais son propos n’est pas suffisamment

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