La société est devenue plurielle. Les individus sont devenus fluides. Dans ce moment historique, la Constitution, par les valeurs qu'elle exprime, devient le texte qui empêche la société et les individus de flotter en leur donnant un point fixe où toutes leurs activités peuvent être articulées. Une Constitution n'est pas seulement un texte «technique» ; elle est un miroir magique qui fait advenir la figure du citoyen qu'elle expose dans ses valeurs. Pour paraphraser Simone de Beauvoir, «on ne naît pas citoyen, on le devient». Et, on le devient par la Constitution. Pas que par elle mais par elle aussi. L'état de nature ne connaît pas le citoyen mais l'être humain pris dans ses déterminations sociales - sexe, âge, profession, religion, revenus - qui font apparaître nécessairement les différences, les inégalités de fait dans la répartition du capital économique, culturel, symbolique. Si les sociétés en restaient à ce moment-là, elles produiraient une représentation d'elles - où l'inégalité des conditions aurait la place centrale en ce qu'elle fonderait et le principe de regroupement des hommes et le fondement légitime des règles. Spontanément ou non, les hommes s'assembleraient en communautés dont le contour serait déterminé par leur situation sociale et qui, pour se protéger, se distinguer ou s'affirmer, revendiqueraient l'énoncé de règles de droit spécifiques. La fonction magique d'une Constitution est, précisément, de faire passer de l'état de nature à l'état civil,
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La Constitution, miroir magique
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Publié le 26/02/2014 à 17h06
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