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Libération

Jospin et l’empreinte du bonapartisme

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Publié le 05/03/2014 à 17h16

Lionel Jospin est décidément un homme politique atypique : il est sérieux, cultivé, réfléchi et structuré. Evidemment, chez lui, l'idéologue affleure vite sous l'analyste. L'ancien Premier ministre a de fortes convictions et cela se sent. On le mesure de nouveau avec le livre qu'il publie aujourd'hui, le Mal napoléonien (le Seuil), un excellent sujet qu'il aborde sous deux angles bien distincts : le bilan politique de Napoléon et l'empreinte du bonapartisme.

Le regard qu’il jette sur le bilan de l’empereur est extrêmement critique, au demeurant fort bien documenté. Lionel Jospin ne passe rien au Français le plus célèbre de l’histoire : despotisme et quasi-dictature, autoritarisme permanent vis-à-vis de la société civile (rétablissement de l’esclavage, sacralisation du chef de famille), cruauté du général vis-à-vis de ses propres soldats, expansionnisme forcené, bellicisme irrépressible et pour finir une France exsangue et géographiquement rétrécie. Accablant mais aussi parfois anachronique : le code civil est à l’époque beaucoup plus progressiste qu’il ne le croit, le despotisme napoléonien ne se différencie guère de celui des monarques européens de l’époque, ses relations avec la troupe sont celles des généraux d’alors avec leurs hommes. Surtout, s’il reconnaît à regret le génie militaire de l’empereur, il sous-estime ce que la gloire, l’épopée, le prestige ont représenté sur le moment, puis dans la mémoire collective. Napoléon a fait rêver les Français.

Démocrate in

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