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Libération
Chronique «Philosophiques»

Amour dans l’anthropocène

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ParPaul B. Preciado
philosophe, directrice du Programme d'études indépendantes musée d'Art contemporain de Barcelone (Macba)
Publié le 11/04/2014 à 18h06

Je viens de faire un aller-retour de plusieurs centaines de kilomètres, seulement pour sentir la chaleur de Philomène. Elle est intelligente, un peu secrète et extrêmement belle. Son enthousiasme est communicatif et il est impossible de ne pas sourire en la regardant. Sa simple présence me remplit d’une joie intense, un plaisir organique exacerbé. Elle m’aime. Elle sait quand j’entre dans une pièce, sans avoir besoin de me regarder. Elle cherche à se coller à ma peau, avec délicatesse, sans s’imposer. Ses yeux se ferment de plaisir quand je la caresse. Les trois petites rides qui se dessinent alors sur son front m’émeuvent. Il me semble inconcevable de devoir m’absenter encore et dormir sans la sentir près de moi.

Philomène est velue, sur sa gueule blanche deux taches noires encerclent ses yeux et recouvrent les oreilles dressées. Dans la taxonomie biologique inventée par Carl Linné en 1758 et utilisée encore aujourd'hui, elle appartient à l'espèce Canis lupus familiaris, tandis que je relève de l'Homo sapiens. S'il me fallait écrire une autobiographie désanthropocentrée, je devrais non seulement dire que je suis tombé profondément amoureux de Canis lupus à quatre reprises, mais aussi que - exception faite de quelques remarquables exceptions Homo sapiens sapiens - les Canis lupus sont les grands amours de ma vie. Philomène n'est pas ma projection, ni mon jouet, ni un antidote à la solitude, ni le substitut de l'enfant que je n'ai p

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