En politique, il y a dans la chute, son mouvement, son moment, toujours quelque chose qui relève de la tragédie. Dans la démission forcée d’Aquilino Morelle, il y aura en plus une part de cruauté toute shakespearienne : il tombe à cet instant précis où même ses plus farouches ennemis étaient bien obligés de reconnaître qu’il était arrivé au sommet. Très haut et maintenant tout en bas.
Depuis plusieurs mois, Morelle militait auprès de François Hollande pour le remplacement de Jean-Marc Ayrault par Manuel Valls et pour le départ de Pierre-René Lemas, le secrétaire général de l'Elysée. Mercredi, il avait obtenu gain cause sur tout. Il était à une place inédite sous la Ve République : à la fois homme fort du Président et ami intime du Premier ministre. Rien ne pouvait plus lui arriver. Aquilino Morelle, 51 ans, n'est plus rien. Au Château, ce fils d'immigré espagnol avait réussi à se créer de telles inimitiés que certains collaborateurs du chef de l'Etat ont eu du mal à contenir ce rictus qui dit tout bas «bien fait pour sa gueule».
Marginalisé. Morelle était un corps étranger dans cette galaxie de conseillers hollandais. De style d'abord. Lui ne répugnait pas à afficher son goût du pouvoir, commenter à son visiteur l'âge et la robe d'un cognac qu'il venait de faire monter des caves de l'Elysée ou demander à faire changer le mobilier (pour la deuxième fois depuis le début du quinquennat) de son splendide bureau qui jouxtait celui du




