Monsieur le Ministre,
Nous savons tous les deux ce que peut être la stigmatisation par un régime dictatorial de ceux qui ne partagent pas la croyance imposée ou privilégiée par le pouvoir. Dans l'Espagne de Franco, que nos deux familles ont fui, le national catholicisme régnait. La coalition des trois fascismes (Hitler, Mussolini, Franco) avait brisé la république espagnole, livrant le peuple à des décennies de violence sourde ou avouée, après avoir écrasé les républicains sous des bombes, qui, bientôt, ensanglanteraient le monde entier. Lors de la Retirada, pendant l'hiver de 1939, l'armée républicaine a franchi la frontière de nos deux pays. Antonio Machado mourut aussitôt. Il repose à Collioure, sa stèle recouverte du drapeau républicain, violet, jaune, rouge. Parqués à Gurs comme à Argelès, les soldats, qui, pourtant, venaient de livrer le premier combat antifasciste furent très mal accueillis. Cela n'empêcha pas nombre de combattants républicains espagnols de reprendre les armes, en France, contre les occupants. Celestino Alfonso, comme bien d'autres, mourut sous les balles nazies, et l'on voit son portrait défiguré dansl'Affiche rouge.
Vint alors le temps des émigrations politiques ou économiques. En France, nos familles, comme celle d'Anne Hidalgo, goûtèrent l'air de la liberté, et de la laïcité. Sans perdre la mémoire de nos origines, nous nous découvrîmes enfants de la république française, si bien incarnée par Marianne, qui porte le bonnet phrygien de l'escl




