Cela ressemble de plus en plus à une crise de régime : un Front national à un niveau historique, une majorité désavouée et un président de la République dont la popularité n'a jamais été aussi faible. «Ce scrutin […] est plus qu'une nouvelle alerte, c'est un choc, un séisme qui s'adresse à tous les responsables politiques qui ont la charge d'agir», a reconnu hier soir Manuel Valls dans une intervention télévisée. Il y a deux mois, à la veille du premier tour des municipales, Hollande pensait pourtant qu'il serait possible «d'enjamber» cette élection européenne, traditionnellement dévastatrice pour les gouvernements en place.
Cela reposait à la fois sur un calcul (en réagissant vite et fort après les municipales en changeant de Premier ministre, le chef de l'Etat comptait atténuer la débâcle) et sur un pari. «Les résultats des européennes ne se liront pas à travers une grille gauche-droite traditionnelle», confiait il y a encore quelques jours un intime du Président. «C'est une élection particulière, mélange de désintérêt et de défiance», renchérit Christophe Borgel, le «monsieur Election» du PS. Dans l'entourage présidentiel, on répétait à l'envi que les européennes ont souvent, dans le passé, joué un rôle de défouloir démocratique, sans forcément laisser des conséquences de long terme. C'est vrai. Mais c'était aussi une façon pour l'exécutif de se protéger derrière ce particularisme européen.
«Croc-en-jambe».




