Les résultats terribles des élections européennes ne sont pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Ils sont une étape particulièrement inquiétante d’une dérive qui s’est accélérée depuis quelques mois. Le Front national en est, certes, le bénéficiaire politique le plus inquiétant. Mais il doit aussi son succès à des déplacements vers des thématiques réactionnaires qui ont lentement modifié l’espace médiatique et l’atmosphère du monde intellectuel.
Cette dérive nous projette dans une situation politique exceptionnelle sur laquelle personne ne peut plus fermer les yeux, où l’initiative appartient entièrement à une droite entraînée vers ses extrêmes, suscitant un mouvement de panique qui n’épargne pas la gauche. Dans cette situation, l’extrême droite est parvenue à réoccuper deux positions stratégiques, longtemps distribuées entre la gauche et la droite, dont l’association avait fait sa fortune dans les années 30. D’un côté, celle de l’ultraconservatisme et de la xénophobie qui sont ses terrains d’élection ; de l’autre, celle d’une critique qui se prétend «radicale», dirigée contre le néolibéralisme, au nom de la défense du peuple et en invoquant l’Etat. Cette association fonde le rejet de l’Europe, identifiée à ses institutions bruxelloises, qui peut être indissociablement motivée par la fermeture des frontières contre «l’invasion migratoire» et par le «patriotisme économique» au nom du peuple.
La défense du peuple, opprimé par les puissants, constitue, pour un discours qui




