Auteur de plusieurs livres sur les dernières opérations militaires françaises à l’étranger, Jean-Christophe Notin occupe une position à part : ni journaliste ni professeur, ce franc-tireur a accès à de nombreuses sources à l’intérieur de l’appareil politico-militaire français. Dans son dernier livre consacré à l’opération «Serval» au Mali, l’écrivain décrit en filigrane les relations complexes entre un pouvoir politique décidé à exercer la plénitude de son autorité et une institution militaire sur la défensive.
Lors de l’intervention des troupes françaises au Mali, le pouvoir politique a fortement pesé sur le tempo des opérations. Est-ce que c’est quelque chose de nouveau ?
Totalement, au moins depuis l'Algérie. On a vu la traduction concrète du projet socialiste de remettre le ministre de la Défense au centre du dispositif et d'en faire un ministre de la Guerre. Car, ces dernières années, il n'était pratiquement au courant de rien de ce qui se passait sur le théâtre des opérations. La chaîne de commandement allait du chef de l'Etat [alors Nicolas Sarkozy] au Centre de conduite et de planification des opérations [CPCO], via le chef d'état-major particulier du président, Benoît Puga. Le ministre était totalement chuinté.
A la lumière de ce qui s'était passé lors de l'opération «Harmattan» en Libye, le cabinet de Jean-Yves Le Drian a décidé de reprendre les choses en main. C'est vraiment le ministre qui, à l'encontre même de certains militaires, a convaincu le président Hollande qu'il fallait intervenir au Mali. Par la suite, dans la conduite des opérations, ce sont les politiques qui ont dicté le tempo : il fallait des rés




