Le pape argentin est-il le dernier des grands européens ? L’évêque de Rome a su trouver, en tout cas, à Strasbourg, les mots qui manquent le plus aux responsables politiques d’aujourd’hui pour parler de l’Europe, de sa nécessité, de son message d’espoir. Les Eglises plus lucides que les gouvernants, plus clairvoyantes que les citoyens ? C’est bien possible, car l’exhortation de Strasbourg que partagent les Eglises protestantes tranche avec l’extraordinaire passivité générale, de Bruxelles à Paris ou Berlin, face au retour fracassant des nationalismes. On n’a pas attaché l’importance qu’il fallait au nouveau succès arraché la semaine dernière par l’Ukip de Nigel Farage, lors d’une élection législative partielle où il a une fois de plus taillé des croupières aux conservateurs et aux travaillistes. C’est un signe : le parti britannique europhobe accumule les victoires depuis ses 27,5% aux élections européennes, record de nationalisme parmi les 28 Etats de l’Union. 2014 restera comme la première année de la revanche des nationalismes sur l’espérance européenne.
Sur ce sujet central, l’Angleterre n’est pas une île. Elle incarne l’élément précurseur d’un mouvement général. Le reflux de l’idée européenne, cette tentative d’union pacifique et démocratique sans précédent dans l’histoire, apparaît aujourd’hui manifeste. Il se paie, comme il se doit, par le retour des nationalismes obtus et aveugles. Aux élections européennes, la poussée des partis nationalistes a été spectaculaire : 24




