A sa décharge, être interviewée à 7h49 du matin, c'est vrai que c'est un peu tôt. Marion Maréchal-Le Pen n'était peut-être pas tout à fait réveillée, ce mardi, face à Jean-Michel Aphatie, l'intervieweur politique de la matinale de RTL... La députée du Front national a eu quelques approximations sur des sujets très différents, même si tout tournait autour de l'après-«Je suis Charlie».
Fouilles interdites au parloir : Bruxelles non-coupable
«L’Union européenne nous interdit les fouilles systématiques à la sortie des parloirs, nous avons un certain nombre de contraintes qui nous empêchent de contrôler cela directement.» (2'15")
Cela n'aura pas surpris grand monde : à la suite de l'attaque de Charlie Hebdo et de la prise d'otages de la Porte de Vincennes, le Front national est en pointe pour réclamer de nouvelles mesures afin de renforcer la sécurité des Français. Pour le parti d'extrême droite, tout ce qui existe et tout ce qui est proposé aujourd'hui est trop laxiste. Et en plus, Bruxelles, comme d'habitude, s'en mêle. Marion Maréchal-Le Pen reproche ainsi à l'UE d'empêcher la France de procéder à des «fouilles systématiques à la sortie des parloirs» de prison.
Pourtant, le grand méchant UE n'est pour rien dans l'interdiction de cette pratique en France. D'ailleurs, l'interdiction était, au moins jusqu'à récemment, plutôt théorique : en 2013, le Conseil d'Etat a encore dû rappeller que la fouille systématique des détenus au sortir des parloirs était interdite depuis la loi pénitentiaire de 2009. Le Conseil d'Etat suit en ce sens la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui considère que la fouille imposée à des personnes détenues est un «traitement inhumain ou dégradant», et donc contraire à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, qu'elle est chargée de faire respecter. Elle a d'ailleurs plusieurs fois condamné la France pour des fouilles en prison, sur la base du non-respect de cet article, en 2009 et en 2011 par exemple.
Voilà donc l'Europe... A ceci près que que CEDH et UE n'ont rien à voir. La CEDH est basée sur la Convention européenne des droits de l'homme, ratifiée par les Etats membres du Conseil de l'Europe en 1950, soit sept ans avant la création de l'ancêtre de l'Union européenne, la CEE. Aujourd'hui, 49 Etats sont membres de la CEDH, qui siège à Strasbourg ; autrement dit le continent entier, Russie et Turquie comprises, à la seule exception de la Biélorussie. Reprocher cette jurisprudence à l'UE est donc un non-sens... mais un raccourci bien pratique pour la dialectique du Front national, toujours prompt à faire des reproches à Bruxelles.
La phrase que Voltaire n'a jamais prononcée
«Ce que j’ai choisi c’est de rendre hommage à des adversaires politiques car nous sommes dans un esprit voltairien. Voltaire disait : "Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire".» (3'50")
Cette fameuse phrase de Voltaire, devenue un lieu commun à force d'être répétée, a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux depuis l'attaque contre Charlie Hebdo. Voilà que Marion Maréchal-Le Pen la reprend à son compte pour expliquer pourquoi «[elle est] Charlie», malgré les nombreux tacles que Charlie Hebdo a pu adresser au Front national. Sauf que... Voltaire n'a jamais dit cette phrase.
C'est une petite intox historique qui avait déjà été démontée, par exemple, par Rue89. Impossible de trouver la trace de cette phrase dans les écrits de Voltaire, pas même dans une lettre de 1770 adressée à un abbé, parfois citée comme source. En réalité, cette phrase a été écrite par une écrivaine britannique, Evelyn Beatrice Hall, en... 1906, soit 130 ans après la mort du philosophe. Dans une biographie de Voltaire, The Friends of Voltaire, elle écrit entre guillemets cette maxime censée résumer la pensée de l'auteur de Candide : «I disapprove of what you say, but I will defend to the death your right to say it». Elle reconnaîtra plus tard avoir fait une erreur en mettant entre guillemets cette phrase, l'attribuant ainsi implicitement à Voltaire. Un siècle plus tard, on en parle encore...




