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Désintox

Quand Péchenard prive Sarkozy de salaire...

Le directeur général de l'UMP, proche de l'ancien Président, assure que celui-ci est devenu conférencier faute de revenus. C'est très faux.

Frédéric Péchenard et Nicolas Sarkozy, alors directeur général de la police nationale et président de la République, à Toulouse en mars 2012. (Photo Jean-Pierre Muller. AFP)
Publié le 13/02/2015 à 16h22
«Nicolas Sarkozy, il n’a pas de revenu. Il n’est pas élu. Donc il est conférencier international, c’est son travail, il gagne sa vie.»

Frédéric Péchenard directeur général de l'UMP, le 10 février sur Public Sénat.

INTOX. Fallait-il aller à Abou Dhabi ? Depuis deux semaines, la conférence prononcée par Nicolas Sarkozy dans les Emirats, au lendemain de la défaite de l'UMP dans la législative partielle organisée dans le Doubs, a largement fait débat. Au sein du parti d'opposition, beaucoup ont tenté de minimiser l'histoire. Mais personne n'avait encore osé la placer sur le terrain de l'argent. Frédéric Péchenard s'en est chargé, sans hésiter, le 10 février dernier sur Public Sénat. Invité de l'émission Preuve par trois, le directeur général de l'UMP, très proche de Sarkozy, dont il a été le directeur de campagne pour la présidence du parti, a dégainé un drôle d'argumentaire pour défendre la virée émiratie de son mentor. «Est-ce qu'il faut que M. Cambadélis renonce à son mandat de député ? a-t-il lancé en contre-pied. Ça a tout à voir. Quand vous êtes président de l'UMP ou Premier secrétaire du Parti socialiste, ce n'est pas un métier, vous ne gagnez pas d'argent. Nicolas Sarkozy, il n'a pas de revenu. Il n'est pas élu. Donc il est conférencier international, c'est son travail, il gagne sa vie.»

Une séquence à revoir ici :

DESINTOX. Le secrétaire général de l'UMP a raison sur deux points : être président de l'UMP rapporte zéro euro, être conférencier international fait gagner beaucoup de sous. Mais en affirmant que Sarkozy n'a «pas de revenu», il étoffe son argumentaire d'un gros mensonge, assorti d'une comparaison plus qu'audacieuse avec Jean-Christophe Cambadélis : au même titre que ce dernier gagne sa vie comme député tout en étant premier secrétaire bénévole du PS, Nicolas Sarkozy se doit de trouver un salaire, en participant à des conférences internationales, car son activité de président de l'UMP ne lui en assure pas.

Cette équation n'a pas de sens parce qu'elle omet un gros détail : Nicolas Sarkozy a été président de la République. Une fonction qui vous assure un nombre non négligeable d'avantages jusqu'à la fin de vos jours. En tant qu'ancien locataire de l'Elysée, le président de l'UMP a tout d'abord droit à une indemnité, la «retraite des présidents», fixée par une loi de 1955 à l'équivalent du «traitement indiciaire brut d'un conseiller d'Etat en service ordinaire», soit environ 6 000 euros brut par mois. Ce n'est déjà pas très loin du salaire du député Cambadélis (7 100 euros brut).

Sauf que les avantages ne s'arrêtent pas là. Certes, Nicolas Sarkozy ne touche (pour l'instant) pas l'indemnité de membre du Conseil constitutionnel, qu'il est de droit, et à vie, en tant qu'ancien président de la République. Il a en effet (pour l'instant) choisi de ne pas siéger parmi les Sages. En revanche, il n'a pas renoncé aux nombreux privilèges en nature auxquels il a droit. René Dosière, député socialiste de l'Aisne et pourfendeur devant l'Eternel du train de vie de l'Etat, vient justement d'en faire un résumé sur son blog.

Depuis 1985 et une lettre adressée par l'alors Premier ministre Laurent Fabius au déjà ex-Président Valéry Giscard d'Estaing, les anciens présidents de la République bénéficient :

– d’un appartement de fonction meublé et équipé, assorti de deux personnes chargées de son entretien. Nicolas Sarkozy a choisi un 11 pièces de 320 m² rue de Miromesnil, non loin de… l’Elysée.

– de sept collaborateurs permanents.

– d’une voiture de fonction avec deux chauffeurs.

– d’une protection rapprochée assurée par deux fonctionnaires de la police nationale, ainsi que d’une protection de son domicile et de ses bureaux.

Tout compris, René Dosière évalue le coût annuel pour l’Etat des avantages (en nature et en rémunération) accordés à Nicolas Sarkozy à 2,2 millions d’euros. C’est plus que pour Jacques Chirac (1,5 million), mais moins que pour… VGE (2,5 millions) !

Enfin, Nicolas Sarkozy est l’un des trois associés du cabinet d’avocats Claude & Sarkozy, qui affichait en 2013 un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros et un bénéfice net de 550 000 euros. Si l’on ne sait pas combien cette activité rapporte à l’ancien président de la République, il n’est pas insensé de penser qu’il en tire quelque bénéfice.

Nicolas Sarkozy est évidemment libre d'aller à Abou Dhabi pour y tenir des conférences rémunérées et ainsi gagner sa vie. Mais arguer, comme Frédéric Péchenard, qu'il le fait parce que, par ailleurs, il n'a «pas de revenu», est une stricte contre-vérité.

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