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Exportations françaises : l'impair de marché de Florian Philippot

Le numéro 2 du Front national accuse les derniers gouvernements d'avoir fait baisser les échanges internationaux de l'Hexagone depuis dix ans. Sauf que tout l'Occident est concerné.

Florian Philippot, le 24 mars 2014, à Nanterre. (Photo Miguel Medina. AFP)
Publié le 14/03/2015 à 9h25
«Désarmer la France comme vous l’avez fait et comme l’UMP et le PS l’ont fait avant vous, c’est criminel, parce qu’en dix ans, notre part de marché dans le monde est passée de 6 à 3%.»

Florian Philippot vice-président du Front national, jeudi 12 mars sur France 2.

La France recule dans le jeu mondial, et c'est la faute de nos gouvernants. Une faute «criminelle», même, selon Florian Philippot, qui a directement pris à parti le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, jeudi soir, dans l'émission de France 2 Des paroles et des actes. «Désarmer la France comme vous l'avez fait et comme l'UMP et le PS l'ont fait avant vous, c'est criminel, parce qu'en dix ans, notre part de marché dans le monde est passée de 6 à 3%», a accusé le député européen du Front national (en vidéo ici, autour de 2h10 d'émission). Sauf que… ce n'est pas si simple.

D'abord, le numéro 2 du FN est un peu approximatif dans ses chiffres. En 2012, la part de la France dans les exportations mondiales de marchandises était de 3,2%, selon les données de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais, dix ans plus tôt, ce taux n'était pas de 6%, mais déjà un peu moins, 5,3% (2003). Il faut en fait remonter une autre décennie en arrière, en 1993, pour retrouver une «part de marché» française égale à 6%.

Toutefois, le vrai problème n’est pas là. Dans ses propos, Florian Philippot accuse les gouvernements de gauche et de droite des dix dernières années d’avoir directement fait diminuer les exportations mondiales de marchandises de la France, par leur (in)action supposée. Or les données de l’OMC permettent de largement relativiser cette idée. Car le déclin de la France depuis 2003 est en fait partagé par l’ensemble du continent européen, et même du monde occidental. Pendant que la France passait, donc, de 5,3% à 3,2% de parts de marché mondial entre 2003 et 2012, l’Allemagne passait elle de 10,3% à 7,8%, le Royaume-Uni de 4,1% à 2,6%, les Etats-Unis de 9,8% à 8,6%.

Et qui en profite ? La Chine, essentiellement. En progression constante depuis des décennies, Pékin a passé la surmultipliée au XXIe siècle. De 1,2% en 1983, 2,5% en 1993 et 5,9% en 2003, sa part dans les exportations mondiales est montée à 11,4% en 2012. Un dynamisme partagé, même si dans de moindres proportions, par les autres pays dits «émergents». La part de marché de l'Inde est ainsi passée sur la dernière décennie de 0,8% à 1,6%, celle du Brésil de 1% à 1,4%. Bref, les pays émergents… émergent. Logique, non ?

Nouvelle illustration de ce phénomène mondial : très loin (26,1% contre 42,3%) de l’Union européenne en 2003, l’Asie talonne désormais les Vingt-Huit, avec 31,5% des exportations mondiales contre 32,4% pour l’UE. L’Amérique du Nord chute également – outre les Etats-Unis, le Canada aussi est en recul –, tandis que le Moyen-Orient, tiré par les pays du golfe, a quasi doublé son score sur la période.

Conséquence directe de cette nouvelle donne, le «top 10» des pays exportateurs a considérablement changé entre 2003 et 2012. Hier leader de ce classement, l'Allemagne n'est plus que troisième, dépassée par la Chine mais aussi les Etats-Unis, dont la chute a été mieux enrayée. Trois pays occidentaux ont carrément disparu : le Royaume-Uni (passé de 6e à 11e), le Canada (de 9e à 12e) et la Belgique (de 10e à 13e). Pour les remplacer, on retrouve logiquement deux pays asiatiques, la Corée du Sud (12e en 2003) et Hongkong (11e en 2003), ainsi que la Russie, passée en dix ans à peine de la 17e à la 8e place. Au milieu de cette grande vague, la France, en dépit de son recul en pourcentage, est restée assez stable, ne perdant finalement qu'un rang entre sa 5place de 2003 et sa 6e de 2012.

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