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Interview

«La gauche est très fragile, mais le PS se maintient»

Jean-Christophe Cambadélis au siège du PS à Paris peu après l'annonce des résultats, dimanche soir. (Photo Sébastien Calvet pour Libération.)
Publié le 22/03/2015 à 22h47
François Miquet-Marty, président de Viavoice, institut d’études et de conseil en opinions, analyse les résultats du scrutin. Selon lui, le FN progresse, le PS n’est plus dans un «déclin continu» et l’UMP apparaît comme une force d’alternance.
Les résultats de ce soir sont-ils un échec pour le FN ?

Non. Le FN est en nette progression. Par rapport aux dernières cantonales, il gagne dix points et il s’est stabilisé par rapport aux dernières élections européennes. Son niveau est peut-être moins élevé que prévu, mais en termes de résultats, le Front national est en progression. Surtout que la particularité de cette campagne électorale est qu’elle s’est focalisée en partie sur et contre le Front national. Manuel Valls et Nicolas Sarkozy ont mené campagne contre le FN, lequel n’apparaît donc pas ce soir comme le premier parti de France.

Comment interpréter les résultats de l’UMP ? Valident-ils plutôt la stratégie de Nicolas Sarkozy (vers la droite) ou celle d’Alain Juppé (vers le centre) ?

On trouve à la fois du Juppé et du Sarkozy dans ces résultats. Nicolas Sarkozy ne peut pas revendiquer seul la paternité de cette victoire. L’UMP apparaît ce soir pour les électeurs comme le plus à même de proposer des solutions pertinentes pour la vie des gens. Plus qu’hier, l’UMP apparaît comme une force d’alternance crédible face au PS. Ce qu’il faut aussi retenir des résultats de ce soir c’est que l’électorat UMP, comme socialiste, ne s’est pas abstenu. La polarisation des débats contre le FN a incité les électeurs PS et UMP à se rendre aux urnes. C’est l’enseignement majeur de ce scrutin. Il y a eu une remobilisation partielle des électeurs UMP et socialistes, une part de remobilisation républicaine contre le FN.

Le PS a-t-il de bonnes raisons de se féliciter d’avoir limité la casse ?

Il est évidemment excessif de se féliciter mais pour la première fois depuis l’élection présidentielle de 2012, nous n’assistons pas à l’engrenage du discrédit contre le PS. La démarche de Manuel Valls est un succès. Son argument principal de campagne contre le Front national a fait mouche en terme de mobilisation des électeurs. Le résultat de ce soir, 25% des voix, correspond au score obtenu par le PS aux cantonales en 2011. Le PS n’est plus dans un déclin continu dans ce quinquennat. Trois facteurs expliquent ce changement : la lutte contre le FN menée par Manuel Valls, le volontarisme de l’exécutif et l’érosion du pessimisme économique. C’est une pluralité de facteurs qui permet au PS de briser la spirale de la défection. En revanche, si on comptabilise l’ensemble des voix à gauche, cela revient à environ 36% des voix ce soir alors qu'on était à 49% en 2011. Cela s’explique par une décrue très forte des écolos et du Front de gauche. La gauche est donc très fragile mais le PS se maintient. Dans le contexte de discrédit de l’exécutif et de crise économique et sociale, c’est une prouesse !

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