Nicolas Sarkozy a échappé de justesse à une nouvelle mise en examen. Convoqué mercredi au pôle financier du tribunal de grande instance de Paris dans l'affaire dite des «pénalités», le patron de l'UMP a finalement été placé sous le statut de témoin assisté - intermédiaire entre celui de simple témoin et de mis en examen. Les magistrats estiment qu'il existe contre lui «des indices rendant vraisemblable qu'il ait pu participer à la commission des infractions dont le juge est saisi».
En l’occurrence, Sarkozy est soupçonné d’avoir fait payer par son parti l’amende qui lui avait été personnellement infligée après le rejet de ses comptes de campagne, en 2012. Invalidation qui avait privé l’UMP du remboursement de plus de 10 millions d’euros de frais de campagne, l’obligeant à organiser son fameux «Sarkothon».
Note. Le Conseil constitutionnel avait aussi ordonné à Sarkozy la restitution de l'avance accordée à tous les candidats (153 000 euros), lui infligeant au passage une pénalité de 363 615 euros correspondant au dépassement constaté. Au final, plus de 500 000 euros réglés par l'UMP, en lieu et place du candidat, en vertu d'une note juridique très contestée et contrairement aux dispositifs du code électoral.
Ironie du calendrier : l’auteur de ladite note, l’avocat Philippe Blanchetier, a été placé mercredi en garde à vue dans l’affaire… Bygmalion. Tout comme l’ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, Guillaume Lambert. Dans cette autre enquête sur un système présumé de fausses factures, les magistrats cherchent à déterminer qui savait quoi dans l’entourage direct de Nicolas Sarkozy. Une concomitance judiciaire qui n’a pas manqué de faire jaser dans les rangs de l’UMP.
«C'est du grand n'importe quoi. L'objectif est clairement d'entretenir l'amalgame entre ces deux affaires, qui n'ont rien à voir ensemble», s'est emporté le porte-parole du parti, Sébastien Huyghe. Avant de comparer «l'étonnante célérité» de la justice dans les affaires touchant Sarkozy avec la lenteur des procédures visant Jérôme Cahuzac. Aucun doute à ses yeux : le calendrier judiciaire cache un agenda purement politique, dicté par «le cabinet noir» de l'Elysée. Ultime preuve de ce complot : la révélation de la convocation de l'ex-chef de l'Etat entre les deux tours des départementales, un timing qui ne devrait «rien au hasard».
Sur le fond, les caciques de l'UMP remettent surtout au goût du jour un argument soufflé par Sarkozy lui-même : deux notes de la direction générale des finances publiques de novembre 2013 autorisant Bercy à encaisser le chèque de l'UMP. Elles «disent que c'était parfaitement légal et qu'il n'y avait aucun doute», a répété Laurent Wauquiez. Un flagrant délit d'intox, ces notes n'ayant aucune valeur juridique.
Jurisprudence. En juin 2014, une autre note, rédigée par un proche de François Fillon, avait même conclu à un possible «abus de cnfiance» au détriment de l'UMP. Les commissaires aux comptes du parti avaient décidé de saisir le Parquet de Paris, provoquant l'ouverture d'une information judiciaire. Reste l'ultime argument : le fait que les partis aient toujours réglé, par le passé, les sanctions financières liées aux activités politiques des élus. Au moment de rendre sa fameuse note, Philippe Blanchetier avait invoqué la «jurisprudence Chirac». En 2010, un protocole d'accord avec l'UMP avait permis d'indemniser la mairie de Paris dans l'affaire des «emplois fictifs», pour laquelle l'ex-maire devait être jugé. A l'initiative de Nicolas Sarkozy, le parti avait alors remboursé 1,7 million d'euros.




