Les affaires se corsent pour le sénateur Aymeri de Montesquiou. L’élu UDI du Gers vient d’être étrillé par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’organisme chargé de contrôler le patrimoine des parlementaires, qui le soupçonne d’avoir opportunément oublié de déclarer plusieurs millions d’euros.
Au titre des omissions les plus gênantes : deux comptes bancaires, au Luxembourg et en Suisse, dotés chacun de plusieurs centaines de milliers d’euros, mais aussi quelques œuvres d’art dont la valeur totale dépasse allègrement le million d’euros. L’importance des sommes en jeu et la répétition des omissions ont poussé la HATVP à saisir le parquet national financier, qui devrait prochainement ouvrir une information judiciaire.
Cette fraude présumée va bien au-delà du seul dossier fiscal de Montesquiou, et pourrait être liée à une autre affaire, embarrassante pour Nicolas Sarkozy : le dossier dit du «Kazakhgate». Entre 2010 et 2011, la France a signé de gros contrats avec le Kazakhstan prévoyant la vente à Astana de 295 locomotives du groupe Alstom et 45 hélicoptères fournis par Eurocopter (EADS), pour plus de 2 milliards d'euros. Suite à un signalement de Tracfin, le service de renseignement de Bercy, une information judiciaire a été ouverte en mars 2013 pour «blanchiment en bande organisée» et «corruption active d'agents publics étrangers». Depuis, les juges soupçonnent le versement de commissions occultes en marge des contrats kazakhs, mais aussi l'existence d'une vaste opération de trafic d'influence transfrontalière. Plusieurs intermédiaires français seraient en effet intervenus en haut lieu pour faire modifier la loi belge afin de favoriser des affairistes proches du président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev. Une manœuvre destinée à favoriser la signature des fameux contrats entre Paris et Astana.
Ex-représentant de Sarkozy en Asie centrale, suspecté d’avoir joué un rôle de premier plan dans les négociations avec le Kazakhstan, Montesquiou est désormais en première ligne. Les juges estiment que ses comptes à l’étranger et ses œuvres d’art fantômes pourraient être liés à des commissions occultes. Son immunité parlementaire ayant été levée en mars, il peut désormais être mis en garde à vue à tout moment. L’occasion d’éclairer les enquêteurs sur l’origine de ses millions cachés.




