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Des «noces romantiques» aux frais de la princesse

De 2007 à 2011, plus de 200 couples chinois sont venus faire des mariages symboliques, facturés à la mairie par une société privée. Coût : 900 000 euros.

Une trentaine de couples chinois célèbrent leur «noces romantiques» avec Jean Germain à la mairie de Tours, le 7 mai 2009 (Photo Alain Jocard. AFP)
Publié le 07/04/2015 à 20h06

Le procès devait durer trois jours. Mis en examen pour complicité de prise illégale d'intérêt et détournement de fonds publics dans l'affaire dite des «mariages chinois», Jean Germain a toujours clamé son innocence. «Soyez sûrs que je n'ai jamais détourné un centime», a-t-il répété dans sa lettre d'adieu.

Comment a démarré l’affaire ?

Pendant des années, le concept a fait la fierté du sénateur-maire PS de Tours. Entre les mariages «officiels» de ses administrés, Jean Germain avait pris l'habitude de simuler des unions pour les couples chinois de passage dans la région. Un folklore parfaitement rodé. Ceint de son écharpe tricolore, Germain animait lui-même ces vraies-fausses cérémonies avant de poser sur le péron de la mairie au milieu des mariés, qui avaient même droit à leur faux certificat. Succès garanti, d'autant que les heureux élus pouvaient également profiter du «package» imaginé par les promoteurs du projet : balade en calèche dans le centre-ville, séance photo devant un chateau de la Loire, shopping dans les prestigieuses enseignes tourangelles et dîner de gala à l'hôtel de ville. Prix du week-end : 3 000 euros par couple. Entre 2007 et 2011, plus de 200 ont fait le voyage. A l'époque, le maire est tellement fier de ces «noces romantiques» qu'il en dépose le nom à l'Institut national de la propriété industrielle. Une lune de miel franco-chinoise qui prend brutalement fin en août 2011, quand le Canard enchaîné, renseigné par un mystérieux corbeau, révèle le pot aux roses : une employée municipale, Lise Han, travaille également pour la société chargée de vendre les prestations nuptiales. Elle est soupçonnée d'avoir touché plus de 900 000 euros d'argent public. Après deux ans d'une information judiciaire menée tambour battant, six personnes sont mises en examen.

Que reprochait-on à Jean Germain ?

Le maire de Tours a toujours démenti d'éventuelles malversations dans ce dossier, son avocat rappelant que l'enquête n'avait établi aucun enrichissement personnel. L'édile est surtout soupçonné d'avoir couvert sa principale collaboratrice, Lise Han. Quand il découvre ses deux casquettes, il l'écarte discrètement de la mairie, mais pour mieux la recaser à l'office du tourisme de Tours, qu'il préside. La procédure judiciaire connaîtra ensuite plusieurs rebondissements. Une première requête en nullité est déposée par l'avocat de Jean Germain, mais rejetée par la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Orléans. Peu après, en mai 2013, sa demande de levée d'immunité parlementaire est refusée par le Sénat, les membres du bureau jugeant la requête du procureur général «insuffisamment motivée». Un refus qui n'empêche pas Jean Germain d'être mis en examen quelques semaines plus tard. A l'époque, le socialiste dénonce un complot politique à l'approche des municipales, alors qu'il brigue un quatrième mandat. Une thèse reprise à demi-mot dans sa dernière lettre.

Qui est Lise Han ?

C’est la principale accusée. Tourangelle née à Taïwan, Lise Han, 52 ans, est repérée par Jean Germain en 2006, à l’occasion d’un nouvel an chinois célébré dans la salle des fêtes. Impressionné par la personnalité et le carnet d’adresses de cette fille d’ancien ministre cultivée et polyglotte, il l’embauche en 2008. Elle devient alors sa maîtresse, selon la presse locale. Chargée à la mairie des «relations avec l’Asie», Lise Han a surtout pour mission de promouvoir l’opération «noces romantiques» et d’inciter des couples chinois à passer par la Touraine. Problème : elle dirige également Lotus bleu, la société qui vend ces mariages clés en main. Pour éviter un conflit d’intérêt trop flagrant, elle en laisse la direction à son époux et son ex-mari, tout en restant sa dirigeante de fait. Lise Han a été mise en examen pour escroquerie, prise illégale d’intérêts et recel de fonds publics.

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