INTOX. L'atmosphère est électrique entre le ministère de l'Ecologie et Airparif, l'association en charge de la surveillance de la qualité de l'air en Île-de-France. Mardi, le Conseil de Paris adoptait une requête du groupe écologiste demandant à la maire, Anne Hidalgo, de défendre la cause d'Airparif auprès de la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal. En cause : une diminution conséquente des subventions accordées par le ministère à la structure pour l'année 2015. D'après Airparif, la baisse est de 15% entre 2014 et 2015. «C'est une décision incompréhensible. On a besoin de soutenir un organisme indépendant pour analyser la pollution de l'air», critique l'écologiste Christophe Najdovski, maire-adjoint de Paris en charge des Transports, contacté par Libération.
Attaqué, le ministère de l'Ecologie a répliqué mardi dans un tweet, minimisant cette baisse et accusant AirParif d'avoir «tort» sur les 15% : «Précision: subvention de fonctionnement à #Airparif passée de 1,5M à 1,46M € entre 2014 et 2015, soit -2,7% et non -15% comme indiqué à tort.»
Précision: subvention de fonctionnement à #AirParif passée de 1,5M à 1,46M € entre 2014 et 2015, soit -2,7% et non -15% comme indiqué à tort
— Ministère de l’Écologie (@Ecologie_Gouv) April 14, 2015
DESINTOX. Pour couvrir ses dépenses, Airparif reçoit chaque année des aides financières de l'Etat et des collectivités territoriales. Celles-ci se répartissent en deux catégories : celles versées au titre du fonctionnement et celles au titre de l'investissement.
Sur la base de documents comptables d’Airparif que nous avons pu consulter, le ministère de l’Ecologie a raison lorsqu’il dit que la subvention «de fonctionnement» qu’il verse à l’association est passée de 1,5 million à 1,46 millions d’euros, soit une baisse de 2,7 %. Mais il fait preuve de mauvaise foi en omettant la subvention d’investissement. On comprend vite pourquoi : c’est sur elle que se répercute l’essentiel de la baisse dénoncée par Airparif. En 2014, l’aide à l’investissement versée par le ministère de l’Ecologie était de 349 185 euros. En 2015, elle n’est plus que de 160 115 euros.
Le cabinet de Ségolène Royal, que nous avons contacté, n’est pas d’accord sur ce point. Il soutient que la subvention d’investissement versée à l’association en 2014 n’est que d’environ 280 000 euros. En réalité, le ministère fait référence à celle initialement prévue, qui avait été fixée à 267 830 euros. Mais ce sont bien 349 185 euros qui ont finalement été accordés à Airparif l'an dernier.
Au bout du compte, la subvention totale accordée pour l’année 2015 par le ministère – celle de fonctionnement plus celle d’investissement – est donc descendue à 1 620 115 euros, alors qu’elle s’élevait à 1 923 185 euros l’an dernier. Soit une baisse de 15,8 % en accord avec ce que dénonce Airparif.
«Ils sont gonflés de jouer sur les chiffres, peste Jean-Félix Bernard, président d'Airparif. C'est important pour nous de pouvoir investir dans de nouveaux appareils de mesure. Les décideurs politiques nous demandent de fournir des données de plus en plus précises tout en nous accordant moins de moyens. On sera très probablement déficitaire cette année.»
«Ce sont des efforts de gestion que toute structure peut faire, rétorque-t-on au cabinet de Royal. Airparif avait reçu l'an dernier près de 10% des subventions accordées aux associations de surveillance françaises de la qualité de l'air, alors qu'elle ne gère que 8% des stations d'analyse installées sur le territoire.» Un argument qui met Jean-Félix Bernard hors de lui : «C'est vraiment du grand n'importe quoi. Il faut plutôt raisonner en termes de population impactée par la pollution au sein du territoire. Or celle-ci se concentre dans les grandes agglomérations, dont Paris. Ça mérite d'avoir un bon système d'information, non ?»




