Je me souviens de ce leader du parti centriste appelant ma directrice de la publication pour me traiter d'«enfoiré», mon enquête sur la gestion de la ville dont il avait la charge lui ayant déplu. Je me souviens de l'entourage d'un président de parti de droite exerçant des pressions pour connaître la source qui m'avait informé de dysfonctionnements au sein de cette formation politique. Je me souviens d'un ministre de gauche m'assurant qu'il n'avait pas prononcé une phrase lors d'une interview que j'avais faite de lui, m'insultant après que je lui passe l'enregistrement lui prouvant le contraire, puis exigeant de mon rédacteur en chef qu'on ne publie pas son interview. Je me souviens de cette grande gueule socialiste m'agonissant de tous les mots parce que nous avions osé couper une phrase de son interview. Ces pressions, ces rapports de force et ces coups de gueule bien réels sont le quotidien d'un journaliste politique, qu'il soit homme ou femme. En revanche, je ne me souviens pas qu'on m'ait fait des remarques sur ma manière de m'habiller. Je ne me souviens pas d'avoir fait l'objet d'avances de la part d'un homme ou d'une femme politique. Je ne me souviens pas de sous-entendus sur ma sexualité. Je ne me souviens pas de gestes ou de remarques déplacés. Je ne me souviens pas d'invitations tendancieuses. Je ne me souviens pas de coups de fil intempestifs, voire nocturnes. Je ne m'en souviens pas parce que je suis un homme et que, simplement par la nature de mon sexe, j'en suis préservé.
EDITORIAL
Je me souviens
ParDavid Carzon
Publié le 04/05/2015 à 20h27
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