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Quand un député UMP fantasme les revenus des ex-détenus

Elie Aboud, qui veut faire payer aux détenus leur séjour en prison, s'affole du montant de leur allocation de réinsertion. Sauf qu'il raconte n'importe quoi.

Elie Aboud, député de Hérault. (Photo Miguel Medina. AFP)
Publié le 27/05/2015 à 18h52

INTOX. C'est un spécialiste du genre. Après sa proposition d'interdire les drapeaux étrangers lors des mariages, après l'épisode du «triangle noir» lors du débat sur le mariage pour tous, le député UMP Elie Aboud s'est trouvé un nouveau combat bien provoc' : faire payer aux prisonniers leur détention. Dans une interview au Midi Libre, il dit vouloir faire payer les détenus entre 6 et 16 euros par jour, sur le modèle néerlandais. Et, entre autres arguments, il avance que l'idée du «pauvre prisonnier» est un fantasme. «Quand vous sortez de prison, vous avez une allocation temporaire d'attente qui varie entre 513 euros et 1 514 euros mensuels selon votre situation, avance le député de l'Hérault. Ce n'est pas moral quand on a plusieurs enfants de toucher 50% de plus qu'un smicard qui se lève à 7 heures du matin et qui rentre à 19 heures.»

DESINTOX. Elie Aboud voulait faire parler de lui, ça n'a pas raté. Sa proposition de faire payer les prisonniers quelques centaines d'euros par mois leur propre détention, alors que la plupart des détenus n'ont tout simplement pas de travail, a suscité de vives réactions. L'Observatoire international des prisons (OIP), une ONG française qui défend les droits des détenus, a ainsi vertement répondu au député de Béziers :

Dans l'interview du député UMP, beaucoup d'arguments sont discutables. Mais il en est un, celui sur l'allocation temporaire d'attente (ATA), qui est particulièrement fallacieux, puisque ce qu'avance Elie Aboud sur le sujet est tout simplement faux de A à Z.

En effet, le député − et c'est un peu inquiétant − confond allocation et... conditions d'allocation.

Le montant de l'ATA est fixe : 11,45 euros par jour, soit 343,50 euros par mois. On est donc loin de la fourchette comprise entre 513 et 1 514 euros évoquée par Elie Aboud. Ces montants, en revanche, correspondent à très peu de choses près aux deux bornes des conditions de ressources de l'ATA. Une personne seule et sans enfant doit gagner moins de 513,88 euros, soit le RSA socle, pour bénéficier de l'ATA. Cette même personne seule avec quatre enfants, en revanche, doit gagner moins de 1 540 euros.

Par ailleurs, il faut avoir été emprisonné au moins deux mois et être inscrit comme demandeur d'emploi à Pôle Emploi pour pouvoir bénéficier de l'ATA. Et cette allocation, qui n'est pas cumulable avec le RSA, ne peut être touchée que pendant douze mois.

Bref, loin d'être mieux loti qu'un smicard qui trime, un ex-détenu touchant l'ATA est en réalité moins bien loti qu'un bénéficiaire du RSA. Le «pauvre prisonnier» n'est peut-être pas tant que ça un fantasme...

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