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Libération

Claude Guéant, Xavier Musca et Emmanuelle Mignon gardés à vue

Publié le 03/06/2015 à 22h36

L'affaire des sondages de l'Elysée vient de rattraper Nicolas Sarkozy. Six anciens responsables ou conseillers de la présidence de la République sous son règne ont été placés en garde à vue dans ce dossier, dont Claude Guéant, Xavier Musca et Emmanuelle Mignon - garde à vue qui a été levée mercredi soir, sans donner lieu à des mises en examen. Ouverte fin 2012 pour des faits de «détournement de fonds publics» et de «favoritisme», l'enquête est d'autant plus embarrassante qu'elle couvre tout le quinquennat de Sarkozy.

Entre 2007 et 2012, ce dernier a ainsi fait procéder à des centaines de sondages, commandés et payés par l’Elysée sans appel d’offres. Plus de 10 millions d’euros de dépenses pourraient être entachés d’illégalité, selon le calcul de la Brigade de répression de la délinquance économique (BRDE). Le premier à en bénéficier n’est autre que Patrick Buisson, ex-conseiller maurrassien tombé depuis en disgrâce pour avoir enregistré le président Sarkozy à son insu. Pendant trois ans, Buisson a touché plus de 3 millions d’euros à travers sa société Publifact. Autre sondeur en vogue à profiter du pactole, Pierre Giacometti, qui a récupéré plus de 2,5 millions d’euros de 2008 à 2012, via sa société. Outre des études classiques, des sondages sont aussi réalisés sur Valls et Hollande, mais aussi sur l’hypothèse du mariage de Nicolas avec Carla. Le tout aux frais du contribuable. Problème : les communicants de l’Elysée se sont assis sur le code des marchés publics, les contrats ayant été accordés à neuf cabinets d’études sans aucune mise en concurrence.

La Cour des comptes est la première à lever le lièvre en 2009, signalant un contrat signé le 1er juin 2007 entre Patrick Buisson et Emmanuelle Mignon, alors directrice de cabinet de Sarkozy. Elle souligne qu'«aucune des possibilités offertes par le code des marchés public n'a été appliquée». Autre étrangeté : certaines études facturées à l'Elysée ont également fait l'objet de publications payantes dans la presse, laissant entrevoir des soupçons de double facturation. Se basant sur le rapport de la Cour des comptes, l'association Anticor porte plainte en février 2010 pour «favoritisme» au parquet de Paris. Le début d'une bataille procédurale de plus de trois ans, autour d'une seule question : l'immunité dont jouit le Président durant son mandat s'applique-t-elle aussi aux membres de son cabinet ? Non, finira par répondre la Cour de cassation en décembre 2012. Un mois plus tard, les juges du pôle financier obtiennent enfin un réquisitoire supplétif étendant leur enquête à des faits de «favoritisme, détournement de fonds publics» et «complicité et recel de ces délits».

Depuis, les investigations ont été étendues à l'ensemble des contrats de conseil ou de sondages commandés durant le quinquennat de Sarkozy. Mais semblent bien délicates à mener. En voulant récupérer les archives de l'Elysée pour la période 2007-2012, les juges ont ainsi découvert qu'elles s'étaient volatilisées. Une disparition qui a conduit le parquet à ouvrir une enquête distincte pour «détournement et destruction de biens publics». L'affaire des sondages ne fait donc que commencer.

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