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Libération
édito

Justice des mineurs : Taubira va au bras de fer

ParDavid Carzon
Directeur adjoint de la rédaction @davidcarzon
Publié le 21/06/2015 à 19h56

Comment ne pas comprendre l'ultimatum de Christiane Taubira à François Hollande et Manuel Valls ? Certes, il a été prononcé à mots feutrés, au détour d'une interview sur RMC, mais la menace d'une rupture totale est bien réelle si le projet de loi sur la justice des mineurs portée par la garde des Sceaux est enterré. «Si on ne la fait pas, ce serait un aveu d'impuissance ; et moi je ne l'assumerai pas.» Traduire : je ne soutiendrai plus ce gouvernement qui me fait avaler un sacré paquet de couleuvres. La plus récente et la plus indigeste : un projet de loi sur le renseignement dont elle a été totalement exclue. Pire, connaissant son tempérament, on ne peut s'empêcher de penser qu'elle aurait été en première ligne de la contestation si ce texte avait été porté par la droite. Ministre la plus exposée, la plus critiquée, la plus sujette aux rumeurs les plus folles et la plus symbolique car dernière vraiment marquée à gauche de l'ère Valls, Christiane Taubira semble indispensable à ce gouvernement, et pourtant, aucun des derniers arbitrages n'ont été en sa faveur ces derniers temps. Le peu d'empressement du gouvernement à vouloir réformer la justice des mineurs ne trompe pas. Il y aurait une fenêtre de tir en 2016 pour soumettre le texte à l'Assemblée, lui assure-t-on. On imagine mal Matignon se lancer dans une bataille aussi clivante à un an de la présidentielle. Ce qui se joue, ce n'est pas qu'une question de récompense à un ministre pour sa solidarité envers le gouvernement. Christiane Taubira a toujours su choisir ses combats et celui de la réforme de l'ordonnance de 1945 est aussi compliqué qu'urgent à mener. La justice des mineurs nécessite une refonte en profondeur et non des aménagements ponctuels. Hollande et Valls perdraient non seulement une ministre emblématique, mais aussi l'occasion d'engager une réforme vitale.

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