Commandé par le Premier ministre Manuel Valls, le député de l’Essonne Malek Boutih vient de rendre un rapport sur les phénomènes de radicalisation et notamment du jihadisme. Son nom: «Génération radicale».
Pour décrypter ce phénomène il a auditionné une trentaine de personnes. Quelques spécialistes comme Gilles Kepel, Pierre Conesa, Pierre N'Gahane… Mais aussi des profils plus surprenant sur ce sujet à l'image de la porte-parole de la Manif pour tous Frigide Barjot, du polémiste Jean-Paul Ney ou encore du président des jeunes du Front national Gaëtan Dussausaye. Conséquence: certains passages de ce document ont une teneur étrange. Dans ce rapport d'une soixantaine de pages, félicité par la droite, Malek Boutih n'est pas tendre avec une jeunesse française «frustrée» et «prête à basculer».
Des jeunes en plein mal-être qui se radicalisent
Au début de son rapport, Malek Boutih décrit une «génération au bord de la rupture». Pour étayer son argument, il liste toutes les dérives de la jeunesse française: «Consommation d'alcool ou d'autres substances psychoactives», «relations sexuelles non protégées», «conduites routières dangereuses», «ivresses répétées»… Pour le député de l'Essonne, ces comportements à risques et «l'état psychique des jeunes nous renseignent […] sur leur état d'esprit et leur rapport à la société».
Jamais loin de la caricature, il oppose des jeunes qui «rêvent de réussite rapide et clinquante», face à «la bien-pensance adulte qui les enjoint à l'abnégation et à la modération». D'après l'elu socialiste, cette soif de reconnaissance rapide et simple, «renvoie à une logique de domination: l'obligation d'affirmation virile pour les garçons et de choix radicaux (tout ou rien) en termes de sexualité pour les filles».
Une jeunesse qui banalise la violence
C'est au travers de violence et la radicalisation que la jeunesse exprime son malaise pointe Malek Boutih, s'appuyant sur quelques faits divers qui ont marqué l'opinion : «La profanation du cimetière juif de Sarre-Union ou le projet d'attentat contre une mosquée […] sont symptomatiques du niveau de violence dont est capable la jeunesse et de sa banalisation.»
Dans son rapport, il s'inquiète de la place conquise par le jihadisme dans l'Hexagone et met en garde pour l'avenir: «L'ampleur du phénomène et sa pénétration dans tous les milieux, avec la radicalisation de jeunes étudiants et de jeunes filles en particulier, indiquent qu'on pourrait basculer dans un phénomène de masse».
Il revient également sur la minute de silence organisée dans les établissements scolaires au lendemain des attentats de Charlie Hebdo et souligne «le malaise exprimé par une grande partie des élèves». Même si en réalité sur les 64 000 établissements concernés par cette minute de silence, l'Education nationale a recensé 200 incidents, ce qui n'est pas vraiment «une grande partie des élèves».
Les boîtes de nuit et les «refoulés»
Pour contrer cette radicalisation galopante des jeunes français, Malek Boutih dégaine parfois des solutions pour le moins iconoclastes comme l'ouverture de «boîtes de nuit gérées par des associations et financées publiquement». Explication: le député de l'Essonne pointe la frustration que peuvent ressentir les jeunes refoulés des boîtes de nuit. De là à faire des refoulés de potentiels jihadistes, il y a un pas que le parlementaire n'hésite pas à franchir: «La haine qui germe chez un "refoulé" des boîtes de nuit est porteuse d'énormes frustrations et de haine. Plus on rencontre de jeunes de son âge, plus on flirte, plus on échange, plus on s'éloigne des logiques radicales».
Le rapport comporte également un chapitre «Internet, la loi du Far West», qui assure que «si internet est un territoire il faut y établir des règles de droit, mais surtout il faut que l'esprit républicain y soit présent en permanence», prônant une «souveraineté numérique».
Il souhaite également mieux «former et sensibiliser les agents de l'Etat» et notamment «les travailleurs sociaux habitués à signaler des cas de maltraitance ou de décrochage scolaire, mais qui sont beaucoup moins à l'aise avec le signalement de cas de radicalisation religieuse». Malek Boutih souhaite aussi que le gouvernement continue à mettre l'accent sur l'Education nationale qui est redevenu le premier budget de l'Etat, sous François Hollande.
L'élu socialiste demande aussi aux pouvoirs publics «d'avoir une attention, des solutions et des budgets spécifiques aux territoires ruraux en déprise». Pour mener à bien cette mission il propose que ce soit «le ministère de le Ville, compte tenu de son expérience, qui soit chargé de la mise en oeuvre de cette politique».
Autre solution proposée, la constiution de groupements d'action républicaine (GAR), sur le modèle des groupements d'intérêt public ou des PPP (partenariats public privé), pour allier «la puissance de l'Etat et le dynamisme des acteurs sociaux et économiques». Les GAR «auraient toute latitude pour intervenir sur l'ensemble des dimensions de la vie d'un territoire, y compris sur le terrain de l'école, de la police ou du logement».
Certains jeunes échapperont quand même à la radicalisation
Malgré ce tableau très noir de la jeunesse, Malek Boutih tient à rassurer. Tous les petits français ne deviendront pas des jihadistes. Certains arriveront à passer entre les gouttes : «Evidemment les jeunes ne sont pas tous tentés par le jihadisme, on peut même affirmer que nombre d'entre eux, qui disposent d'un bagage culturel solide et sont parfaitement insérés, sont à l'abri de cette dérive».




