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En France, «oxi» et partis pris

Tandis que la gauche radicale et le FN applaudissent le vote grec, la droite est divisée sur le «Grexit».

Des partisans du «non», place de la République, dimanche soir à Paris. (Photo Albert Facelly)
Publié le 06/07/2015 à 19h56

AParis, la victoire du non grec a été largement commentée lundi. FN, NPA, mais aussi le parti Les Républicains et le Front de gauche, chacun a joué sa partition.

À droite, «dernière chance»

Bien sûr, la droite «respecte» le vote du peuple grec. Mais elle s'empresse d'ajouter que ce «non au plan de soutien européen» ne saurait renforcer la position de la Grèce face à ses créanciers. De tous les responsables du parti Les Républicains (LR), c'est curieusement Alain Juppé, habituellement le plus tempéré, qui se montre le plus ferme : «La Grèce n'est plus en mesure aujourd'hui d'assumer les disciplines de la zone euro. Chercher à l'y maintenir à tout prix, par des arrangements de circonstance, fragiliserait l'ensemble du système. Nous devons l'aider à organiser sa sortie, sans drame», écrit-il sur son blog. Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire et François Fillon sont plus prudents. Ils se sont bien gardés de prendre des positions définitives avant de connaître les résultats du sommet européen de mardi. «Ne confondons pas fermeté et intransigeance. Si la première est nécessaire, la seconde serait stupide car elle ferait monter les populismes partout en Europe», analyse Le Maire. Par la voix de son conseiller politique Luc Chatel, Sarkozy en appelle «au sang-froid» et met en garde contre la tentation de réagir «sous le coup de l'émotion». «Une dernière chance doit être laissée au gouvernement grec pour retrouver la place qu'il a aujourd'hui perdue auprès de ses partenaires européens», poursuit Chatel. Fillon, lui, rappelle que «la Grèce est en Europe et tout doit être fait pour qu'elle y reste». L'un de ses ex-ministres ne voit pas comment l'Union pourrait se résoudre à un «Grexit» : «Cela fait cinq ans qu'on se bat pour les maintenir dans l'euro, les faire sortir brutalement, ce serait un échec pour nous tous.»

À gauche, le rappel de 2005

Front de gauche, NPA, écolos (lire aussi page 6)… Ils étaient dimanche soir place de la République pour célébrer le non grec. L'esprit du référendum de 2005 flottait. Clémentine Autain, porte-parole d'Ensemble (Front de gauche), applaudit «la réelle démonstration» d'Aléxis Tsípras : «Il sort renforcé. C'est un rapport de force politique qui est en cours et il l'a compris.» Jean-Luc Mélenchon a, lui, de nouveau appelé à un moratoire sur la dette grecque et «peut-être un délai de grâce, une période pendant laquelle on ne paie pas, pour que les gens reprennent leur souffle». Pierre Laurent, le patron du PCF, a mis en garde «contre toute nouvelle entreprise de pressions politiques et financières sur le peuple grec». Sur la même ligne, l'eurodéputé vert Yannick Jadot a également salué la démission du populaire ministre des Finances grec : «Varoufákis était un sacrifice nécessaire, Tsípras a eu l'intelligence de le sortir. Dans l'Eurogroupe, il y a trop de haine entre des egos et des personnalités. Ce départ permettra, j'espère, de retrouver des éléments de confiance. Car il doit y avoir un accord, il ne faut pas, dans la zone euro, d'entaille qui ne cicatrisera pas.» Davantage dans une logique de rapport de force national, le communiste Olivier Dartigolles a pour sa part exhorté Hollande à «arrêter d'être docile derrière Merkel [et à] parler haut et fort».

FN, à fond la récup

L'euro est-il mort dimanche soir ? Les réactions des dirigeants frontistes peuvent le laisser penser. Marine Le Pen a ainsi salué un «non de liberté, de rébellion face aux diktats européens qui veulent imposer la monnaie unique à tout prix». Florian Philippot se réjouit, lui, du «début de la fin de la zone euro : on a démontré que l'Union européenne n'est pas irréversible». Seul grand parti français à réclamer la dissolution de la zone, le FN sait gré à Syriza d'avoir engagé un bras de fer avec la Commission, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international, incarnations d'un «mondialisme» honni. Et d'avoir recouru au référendum, comme il promet lui-même de le faire sur la monnaie unique. De là à voir dans le résultat du scrutin grec la promesse d'un effondrement de l'euro, il y a encore un pas. Que ne franchit pas Jean-Richard Sulzer, conseiller économique de Marine Le Pen : «S'agit-il vraiment de la fin de l'euro, ou va-t-on vers son sauvetage à tout prix moyennant un effacement de la dette grecque ?» Une solution à laquelle le FN est opposé : s'il encourage la Grèce à quitter l'euro, il l'exhorte cependant à rembourser ses créances - et notamment à la France. Même prudence chez Bernard Monot, autre économiste du parti : «Il n'y aura aucun Grexit, regrette-t-il. La première des missions de la BCE, c'est de stabiliser la monnaie et le système bancaire privé. Elle ne prendra donc pas ce risque.» Et l'eurodéputé d'appeler ses camarades à la prudence : «Certains parlent trop sans éléments probants. Il faut éviter les communications radicales et unilatérales sur ce sujet compliqué.»

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