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Libération
Éditorial

Natacha, mon amour…

Réponse en forme de lettre d'amour à la plus Jeanne d'Arc des éditorialistes.

Natacha Polony sur le plateau du Grand journal en septembre 2012. (Photo FRançois Guillot. AFP)
ParGrégoire Biseau
Chef du service France
Publié le 12/07/2015 à 19h16, mis à jour le 14/07/2015 à 18h23

Très chère Natacha Polony,

Je vous écris pour vous dire que je vous aime. J’aime tout en vous. Vous êtes ma Jeanne d’Arc des temps modernes, la gardienne du temple, de cette nation française, depuis si longtemps habillée d’un «manteau de cathédrales», pour paraphraser Nicolas Sarkozy. Vous êtes celle qui n’écoute que son courage pour se dresser contre la décadence de nos mœurs perverties par l’idéologie soixante-huitarde, contre la faillite de notre école républicaine gangrenée par l’égalitarisme socialiste. Tout ce qui fait notre fameuse identité française est votre missel. Vous êtes la madone du rétablissement de l’autorité, de la morale, partout et pour tout le monde. Vous parlez au nom du peuple français, et bien sûr des pauvres. De droite évidemment, réactionnaire surtout, mais d’abord, et c’est que ce qui fait votre indéfinissable charme, dépourvu du moindre humour. Vous êtes totalement incapable de vous départir un seul instant de votre premier degré, toujours boursouflé de grandes envolées républicaines. Vous le portez, comme le chevalier sa cotte de mailles. C’est votre force et votre talent. Et il est immense.

Aussi, je voulais vous féliciter pour votre dernière chronique parue, samedi, dans votre journal le Figaro. Vous vous êtes à juste titre enflammée en lisant un des éditos de Libération qui se foutait gentiment de la gueule des riverains du Canal Saint-Martin pétitionnant pour se plaindre des incivilités de cette horde de jeunes mal élevés qui a la mauvaise idée de venir, le soir venu, pique-niquer et boire, sans ramasser leurs cannettes et leurs détritus. Le titre : «Quand Libération insulte les pauvres».

Je vous imagine, les joues rosies par l’excitation, trouver votre supérieur hiérarchique pour lui proposer votre prose.

Natacha : «Chef (car on respecte la hiérarchie au Figaro), j'ai une vraie belle idée d'édito.»

Le chef, un peu interloqué : «Certes, mais quel est le rapport entre les pauvres et les détritus du Canal Saint-Martin ?»

Natacha (1) : «C'est le même processus qui incite à ne pas considérer comme des pauvres les populations des cités HLM qui à intervalle régulier s'élèvent contre les saletés et dégradations qui massacrent les parties communes de leurs immeubles.»

Silence poli du chef qui se demande s’il est encore temps de contenir sa fougueuse chroniqueuse. Mais on ne retient pas Natacha. Elle caracole au triple galop. Se lance en avant.

Natacha (1) : «Quel étrange mépris du peuple ! Quelle curieuse vision de la dignité humaine ! On serait tenté d'inciter les éditorialistes de Libération à relire les réflexions de George Orwell sur ceux qu'il appelait "les gens ordinaires", qui se caractérisent par le désir d'une vie simple, l'attachement à des valeurs traditionnelles et le respect de la "décence commune", la faculté instinctive de percevoir le bien et le mal.» C'est beau comme du Eric Zemmour. On attend déjà la suite avec gourmandise. «Quand Libération défend les homophobes», «Quand Libération conchie les immigrés», «Quand Libération crache sur Charlie»

Chère Natacha, au plaisir de vous lire, encore et toujours.

(1) Extraits de l’édito de Natacha Polony du samedi 11 juillet.

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