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Portrait

LE DRIAN VU PAR…

Publié le 24/07/2015 à 19h36

… la droite

Si elle refuse de parler d'union nationale, la droite revendique une «opposition constructive» sur les questions de défense. Cela tient en partie à la personnalité de Le Drian - que Sarkozy a tenté de débaucher trois fois entre 2007 et 2012 - et à sa longévité à la tête du ministère de la Défense. «Il entend nos critiques et il est entendu par le chef de l'Etat», résume le député LR Jean-François Lamour, très investi dans le débat militaire. «Son gros atout, c'est qu'il n'est pas arrogant, corrobore Raffarin. Il ne joue ni les héros ni les va-t-en-guerre. Il a une forme d'humilité qui sied aux circonstances.» Pour l'ex-Premier ministre, «vu la gravité de la situation internationale et les difficultés budgétaires, tout triomphalisme serait une faute». Et puis, les dirigeants de droite ne le diront jamais, mais Le Drian a quand même «vendu les Rafale de Dassault, alors que Sarkozy n'y est jamais parvenu», s'amuse un spécialiste. Le respect est tel qu'Alain Juppé lui a confié qu'il le garderait bien s'il accédait à l'Elysée.

Des critiques subsistent évidemment. Sur les méthodes «peu orthodoxes» du ministre, qui préfère les décrets d'avance à un collectif budgétaire tardif. Sur les cessions immobilières des armées, ou le «modèle économique franchement exotique» - dixit Lamour - des sociétés de projet que le ministre a créées pour que l'armée puisse continuer à acheter du matériel, sans grever son budget. Mais aussi sur la vente des Rafale au «bloc sunnite», ou sur le choix de mettre des militaires plutôt que des policiers pour Vigipirate-Sentinelle.

C'est au sein de la droite que l'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) a donné lieu à une confrontation. Sur consigne de Sarkozy, qui ne voulait offrir aucun succès à la majorité, les députés LR ont voté, en première lecture, contre l'augmentation prévue, en euros et en hommes. Certains députés versant dans la surenchère, comme Philippe Meunier, qui a réclamé 10 milliards de plus (contre 3,8 obtenus). D'autres, proches de Juppé ou de Fillon, sont passés outre l'oukase sarkozyste et ont opté pour une «abstention bienveillante». De son côté, Raffarin a fait voter les sénateurs de droite en faveur de la LPM relookée. L.Br.

... les militaires

Du général étoilé à l'officier de terrain, tous marchent du même pas pour saluer Jean-Yves Le Drian comme «un vrai patron». «Il commande, a mis tout le monde au pas. Du coup, la haute hiérarchie militaire l'adore», constate un député de l'opposition, membre de la commission de la Défense. «Il a obtenu des choses qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait été capable de décrocher», reconnaît, admiratif, un général habitué du ministère. Avec un argument décisif : l'engagement sans précédent des militaires sur des théâtres d'opérations extérieurs et intérieurs. «Après les efforts budgétaires et humains, les restructurations menées par l'armée comme aucune autre administration, il était impossible d'aller plus loin, au risque de mettre à mal notre outil de défense», résume l'entourage du ministre.

Depuis les attentats de janvier, Le Drian a obtenu la réduction des baisses d'effectifs prévues et 3,8 milliards d'euros de rallonge. «Il a très bien compris nos demandes», saluent des hauts gradés. In fine, seul le général Puga, chef d'état-major particulier du président de la République, un survivant de l'alternance de 2012, a de quoi regretter les années Sarkozy : une partie du pouvoir est repartie à l'hôtel de Brienne. Mais les relations sont radieuses avec Pierre de Villiers, le chef d'état-major des armées. C.F.

... les Bretons

Pour avoir roulé avec lui sur ses terres bretonnes, le «Blaireau» Bernard Hinault, quintuple vainqueur du Tour de France, salue en Le Drian, fan, «un bon rouleur, plutôt fait pour les étapes de plaine sur des petites distances. Mais faut dire qu'il n'a pas souvent l'occasion de s'entraîner vu son emploi de temps». En Bretagne, Jean-Yves Le Drian, natif de Lorient, président de la région de 2004 à 2012, «a quelques adversaires politiques mais aucun ennemi», assure un proche. «Il représente une sorte de condensé, de précipité de ce qu'est la gauche socialiste de l'ouest de la France», souligne un député.

Passé par la Jeunesse ouvrière chrétienne puis l'Unef, il aussi fréquenté le Grand Orient de France et sa «République laïque sociale une et indivisible». Sans pour autant mettre au rencard son identité bretonne et sa sensibilité girondine dans un Etat jacobin. Poussant par exemple à la création de la Maison de la Bretagne à Paris, qui réunit régulièrement chefs d'entreprises, journalistes, acteurs, etc. A l'Assemblée, une forme de solidarité d'élus bretons a parfois pris des allures de «Breizh power». Une Bretagne dont Le Drian a une vision qui n'inclut pas Nantes et la Loire-Atlantique. Le ministre a eu l'occasion de peser de tout son poids en ce sens lors de la dernière réforme régionale. Gageons que les électeurs lui en sauront une nouvelle fois gré lors du scrutin de décembre, où il devrait bien être tête de liste. C.F.

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