Il faut saisir le bon moment, avoir le mot juste qui sera repris partout - et pas seulement par manque de combattants et de petites phrases à se mettre sous la dent -, provoquer des réactions… Voici un guide de survie avec quelques exemples appliqués à cet été.
Trouver le bon cheval de bataille : il s'agit de dénicher la bonne polémique qui va durer au pire quelques jours, au mieux tout l'été. Il faut du flair et de la réactivité. Eviter de s'emballer pour un fait divers qui peut se dégonfler et préférer un sujet de société un peu tendance (traduction : qui parle à la frange la plus à droite de son parti en ce moment). Cas concret : candidat aux régionales dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand a bien retenu ces préceptes en s'emparant de la polémique avec le Royaume-Uni sur la présence des migrants à Calais. En s'opposant à l'Angleterre, il parle à son électorat national et à ses futurs électeurs locaux.
Assurer le SAV : quand on a trouvé le bon filon, il ne faut pas lâcher l'affaire. Et surtout ne pas se faire griller la politesse par plus opportuniste que soi. Une seule solution, occuper le terrain, tout le temps. Encore une fois, Xavier Bertrand continue de jouer sur du velours. Depuis son entretien dans le JDD sur les migrants, c'est lui que les médias s'arrachent. Résultat : on ne voit que lui. Attention toutefois à ne pas être atteint de melonite aiguë. «J'ai fait bouger les lignes», se vantait-il dans le Parisien de mercredi. Il a surtout fait parler de lui.
Eviter la surenchère suiviste : typiquement, celui ou celle qui trouve le bon filon de l'été va créer des jalousies chez ses collègues et adversaires. L'erreur typique est de se précipiter sur le même terrain et de vouloir aussi s'en emparer en tapant encore plus fort. Cela provoque généralement l'effet inverse de celui recherché. Exemple, Nadine Morano qui, coup sur coup, a prédit un Paris envahi par les migrants, a demandé la création d'un service public de la reconduite vers les pays d'origine des déboutés du droit d'asile, et a invoqué 39-45 pour demander aux migrants de ne pas fuir et de se battre. Oubliant quelque peu l'épisode de l'exode de 1940.
Jouer le côté décalé : tant qu'à faire, autant être là où l'on ne vous attend pas. Un seul risque : être ridicule. C'est ainsi qu'au plus fort de l'été, un étrange message a surgi depuis le compte Twitter d'Hervé Morin, le patron du Nouveau Centre : «Je viens de trancher 94 fruits en mode classique de Fruit Ninja.» Il a indiqué depuis que son fils s'était emparé de sa tablette. On regrette presque que ça n'ait pas été vraiment lui.




